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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 17:11

 

 

Jean M. AUEL, Les Enfants de la terre, T1 à 6

 

 

   Jean M. Auel, Les enfants de la terre T1    Jean M. Auel, Les enfants de la terre T2   Jean M. Auel, Les enfants de la terre T3   

   Jean-M.-Auel--Les-enfants-de-la-terre-T4.jpg   Jean-M.-Auel--Les-enfants-de-la-terre-T5.jpg   Jean-M.-Auel--Les-enfants-de-la-terre-T6.jpg

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

 

Tome 1, Le clan de l'ours des cavernes (The clan of the cave bear)

 

Il y a 35 000 ans, une longue période glaciaire s'achève et la Terre commence à se réchauffer. En ces premiers temps du monde, Ayla, une fillette de cinq ans, échappe à un tremblement de terre et se sort des griffes d'un lion pour se réfugier auprès d'un clan étranger. On l'adopte. Très vite, ses gestes et ses paroles suscitent l'étonnement et l'inquiétude.

 

Tome 2, La vallée des chevaux (The valley of horses)

 

Passés la surprise et l'émerveillement suscités par Ayla, la jeune étrangère aux cheveux blonds qu'ils ont recueillie, les hommes du "clan de l'ours" ont pris peur de ses dons extraordinaires. Maudite et exilée, elle commence un long voyage solitaire, au bout duquel elle rencontrera deux jeunes gens insouciants et aventureux. 

 

Tome 3, Les chasseurs de mammouths (The mammoth hunters)

 

Pendant plusieurs saisons, Ayla et son compagnon Jondalar ont tout partagé. Ensemble ils ont eu peur et froid, et vécu dans une intimité du corps et de l'esprit qui a fait naître en eux un sentiment troublant et inconnu. Le clan des "chasseurs de mammouths" qui les accueille est stupéfait par ce couple de géants blonds aux yeux bleus qui savent monter à cheval et apprivoiser le loup. 

 

Tome 4,  Le grand voyage (The plains of passage)

 

Ayla et Jondalar poursuivent leur traversée des steppes immenses du continent européen, suscitant le trouble et l'effroi sur leur passage. Les peuples rudes qu'ils rencontrent vivent de la chasse et de la cueillette mais n'ont jamais vu d'animaux domestiques. Or, ce couple étrange se déplace à cheval, en compagnie d'un loup apprivoisé. D'où tient-il donc ses pouvoirs ? 

 

Tome 5, Les refuges de pierre (The shelters of stone)

 

Plus tard, des millénaires plus tard, cette région s'appellera le Périgord. C'est là que parviennent enfin Ayla et Jondalar au terme de leur fabuleux voyage. Quand ils atteignent la neuvième caverne, où Jondalar a grandi, l'accueil de la tribu Zelandonii est plutôt mitigé. On se méfie d'Ayla, de son étrange langage, du loup apprivoisé qui l'accompagne et de ces chevaux sur lesquels elle exerce un pouvoir troublant.

 

Tome 6, Le pays des grottes sacrées (The land of painted caves)

 

La Zelandoni, guérisseuse et chef spirituel de la Neuvième Caverne, choisit Ayla pour lui succéder un jour. Pour ce faire, elle doit suivre pendant plusieurs mois la grande prêtresse. Son initiation passe notamment par la visite des nombreuses grottes ornées de la région, l'occasion pour l'apprentie Zelandoni de découvrir des sites magnifiquement décorés, dont elle apprend à comprendre le sens.

 

 

L'auteur :

 

En 1977, alors âgée de quarante ans, l'Américaine Jean M. Auel décide de quitter son emploi, un poste à responsabilité dans une entreprise d'électronique. En attendant d'obtenir un travail plus stimulant, cette mère de cinq enfants se met à écrire une nouvelle consacrée à une femme de la préhistoire. Ainsi naît Ayla, l'héroïne des Enfants de la terre, une saga préhistorique qui s'est à ce jour vendue à plus de 45 millions d'exemplaires à travers le monde.

 

 

Années de publication :

1980 (tome 1), 1982 (tome 2), 1985 (tome 3), 1990 (tome 4), 2002 (tome 5),  2011 (tome 6).

 

 

Premières lignes :

 

"L'enfant nue quitta l'auvent de peaux de bêtes pour courir vers la crique nichée au creux d'un méandre de la petite rivière. Rien, depuis qu'elle était venue au monde, n'avait jamais menacé son refuge et ceux qui le partageaient avec elle." 

 

 


 

 

Mon avis :

 

Pendant des années, j'ai entendu certains de mes proches encenser cette saga préhistorique et insister fréquemment pour qu'à mon tour, je la lise. J'avais jusque là vaillamment résisté, mais c'était sans compter... le chantage. J'ai ainsi dû capituler et me lancer dans cette lecture imposante (près de 4 000 pages !) qui m'a tenue occupée durant les quatre derniers mois.

 

Tout ce préambule pour souligner le fait que je n'ai pas eu, à l'inverse de la plupart des amateurs de ces ouvrages, à attendre jusqu'à dix ou douze ans entre la parution de chaque volume, d'autant que le dernier est justement sorti tout récemment. Cela dit, j'ignore si on peut parler de chance, comme je l'expliquerai par la suite...

 

Pour commencer, je dois reconnaître certaines qualités à l'auteur, la première étant le volume impressionnant de ses recherches, lesquelles ne peuvent être mises en doute. J'admets également que sur des sujets précis, tels que la botanique, la climatologie, la zoologie, l'écologie ou l'artisanat, son implication réelle sous-entend un gigantesque travail de documentation. Elle-même explique d'ailleurs s'être rendue sur des sites de fouilles et avoir fait relire ses textes par des spécialistes.

 

On peut aussi la créditer d'avoir, dès le début de son oeuvre, réhabilité l'image très négative des néandertaliens, lesquels ont longtemps été vus comme des brutes stupides, ce qu'ils n'étaient évidemment pas. Ce message de tolérance et de respect, constamment martelé par l'héroïne, qui a grandi parmi eux, est l'une des leçons à tirer de ces romans.

 

Enfin, j'ai apprécié le discours faisant état de la féminité à cette époque. Ainsi, découvrir le fonctionnement de ces sociétés matriarcales, au sein desquelles les femmes étaient honorées et respectées, où les hommes n'avaient pas encore pris conscience de leur rôle fondamental dans la reproduction, m'a ouvert de nombreuses pistes de réflexion passionnantes.

 

Hélas, j'ai bien peur d'en avoir fini avec les points positifs... Mais avant tout, je dois honnêtement reconnaître que tous les volumes de la saga ne se valent pas. Les trois premiers sont incontestablement les plus intéressants, le quatrième traîne sérieusement en longueur et le cinquième est décevant, ce qui n'est rien à côté du dernier...

 

Mon premier reproche est ce choix de faire s'exprimer les personnages comme vous et moi, avec un vocabulaire et des notions qui semblent totalement anachroniques. Je comprends bien l'intérêt romanesque de cette option, mais elle n'a cessé de me gêner tout au long de la lecture. Ensuite, le mélange entre faits scientifiquement prouvés et pure fiction m'a déplu. Logiquement, tout ce qui touche à l'immatériel ne peut être qu'une invention : les rites religieux, les chants, les danses, les langages, etc. Cette confusion des genres m'a perturbée car je ne pouvais distinguer le vrai du faux.

 

En outre, dans un domaine aussi vaste que la paléoanthropologie, tant de choses restent à découvrir et à comprendre que les théories (voir celle d'Yves Coppens) fluctuent au gré des découvertes. Celles détaillées au début de la saga ayant près de trente ans, il serait étonnant que tout soit encore valable aujourd'hui. Ce manque de rigueur scientifique est donc pour moi rédhibitoire, de même que l'absence de toute bibliographie listant des sources, ou de notes explicatives différenciant les faits établis de l'invention, comme on en trouve chez des auteurs plus sérieux, Paul Harding ou Robert Merle, par exemple.

 

Mon troisième reproche concerne la totale invraisemblance régissant les multiples inventions ayant lieu (comme par hasard) dans un espace-temps très réduit, la quasi-totalité provenant d'Ayla, notre héroïne. Je citerai donc pêle-mêle : les points de suture, l'aiguille, le propulseur, le shampooing (avec des feuilles de saponaire), le briquet (avec des pierres), la luge, sans oublier les lunettes de soleil (à mettre au crédit de son compagnon Jondalar). J'ajoute qu'Ayla, véritable génie préhistorique, sait parler au moins cinq ou six langues (après seulement quelques jours d'apprentissage), et imiter à la perfection les cris des animaux qui l'entourent.

 

Le mot-clé ici est "perfection", puisque les deux héros de ces ouvrages, Ayla et Jondalar, ont été très largement gâtés par la nature (ou, devrais-je dire, par la Mère), au point d'être quasiment exempts de tout défaut. Certes, Ayla ne sait pas chanter et Jondalar fait parfois preuve d'une réelle stupidité quand il s'agit d'identifier ses sentiments ou ceux des autres, mais rien de plus.

 

Hélas, ce manichéisme frappe également les autres personnages : les gentils sont lisses et fades, les méchants, vraiment pas sympas. Il faut aussi souligner un réel paradoxe psychologique au sujet d'Ayla : présentée tout au long de l'oeuvre comme rien moins que la première féministe de l'Humanité, rebelle et libérée, elle demeure pourtant inexplicablement soumise face aux desiderata des hommes.

 

Autre ennui dans chaque tome : l'auteur semble juger indispensable de noyer ses lecteurs sous des flopées de nouveaux personnages secondaires (voire tertiaires), ne nous épargnant aucun de leurs fastidieux liens familiaux, alors qu'on ne les reverra plus par la suite. J'ajoute qu'au sein de chaque groupe, tous les prénoms se ressemblent, nous promettant une belle migraine lorsqu'il s'agit de les différencier (a fortiori quand on lit les ouvrages à plusieurs années de distance) !

 

Je dois également aborder un sujet lassant : l'omniprésence (tomes 1 et 6 exclus) de scènes de sexe entre Ayla et Jondalar, à la fois très détaillées et incroyablement répétitives, de par leur fréquence ET leur contenu (je parle ici de quasi mot à mot). Passée la justification du début (l'apprentissage d'Ayla dans ce domaine), elles s'avèrent bien vite ennuyeuses (même si le choix d'un vocabulaire particulièrement ridicule les rend parfois comiques), totalement gratuites et pour la plupart, inutiles.

 

Du point de vue de l'intrigue, l'auteur néglige inexplicablement d'exploiter plusieurs sujets, pourtant prometteurs : le Clan, dans lequel Ayla est élevée mais qu'on ne reverra plus par la suite, de même que son fils Durc qu'elle y laisse, le mystère de ses propres origines qui ne sera jamais résolu, ses talents de guérisseuse, ignorés dans les deux derniers tomes, et enfin sa fille, dont l'auteur se désintéresse rapidement.

 

Tous ces thèmes auraient pourtant mérité d'être abordés plus longuement, étoffés et développés, au lieu d'être juste effleurés, à la grande déception du lecteur. À l'inverse, la relation amoureuse (à l'eau de rose) entre les deux héros est quant à elle disséquée, délayée, répétée à l'envi. Faite d'hésitations et de malentendus, elle ne m'a pas convaincue, et même lassée par son manque de réalisme.

 

Après avoir évoqué le fond, j'en viens maintenant à la forme, c'est-à-dire au style. J'ai tout de suite été gênée par la façon dont l'auteur a plaqué de longs passages très érudits (à propos de botanique, de climat...) sur la trame de son histoire, sans que les deux soient suffisamment homogénéisés pour que la transition passe inaperçue. Car si la partie savante est de bonne tenue, dès que Jean M. Auel n'a plus recours à une béquille scientifique, la qualité de sa prose baisse. De plus, ses trop longues descriptions tuent le rythme, si bien qu'on finit par les sauter en espérant que l'intrigue avance enfin.

 

Ceci m'amène au problème crucial, à savoir les constantes, usantes et récurrentes répétitions. En effet, il est vraiment pénible, pour qui s'attelle à la lecture de cette saga d'une seule traite, de tomber toutes les dix pages sur des passages entiers reprenant à la lettre des épisodes des tomes précédents. L'auteur semble adorer la technique du copier-coller, laissant à penser qu'elle ne se relit pas d'un livre sur l'autre, sans quoi elle s'apercevrait forcément de la lourdeur de ce procédé.

 

Pourquoi ne pas avoir fait à la place un petit résumé des livres précédents, à l'entame de chaque ouvrage ? Ainsi, ceux qui en avaient besoin auraient eu plaisir à le lire et ceux dans mon cas, à le sauter ! Conséquence de tout ceci, j'ai pour la première fois de ma vie passé des paragraphes entiers et lu des dizaines de pages en diagonale afin d'éviter ce radotage. L'oeuvre souffrant d'un réel manque de concision, l'auteur aurait pu sans problème élaguer répétitions et longueurs, pour n'obtenir finalement que trois ou quatre tomes, largement suffisants.

 

La traduction, de bonne qualité au début du cycle, décline après un changement de personne, participant sans doute à la mauvaise impression d'ensemble. Quant à l'intrigue, elle s'essouffle peu à peu, jusqu'à faire du surplace dès le quatrième tome (un comble, puisqu'il relate un voyage !), et atteint l'apogée de l'insignifiance dans le dernier.

 

L'histoire y est copieusement délayée dans les trois premiers quarts de l'ouvrage (afin de maintenir le volume des formats précédents ?), après quoi l'auteur semble réaliser qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps pour inventer quelques maladroits rebondissements. Celui qui concerne Ayla et Jondalar (aussi ridicule que peu crédible au vu de leur passé commun), déçoit, de même que les intrigues annexes mettant en scène leurs ennemis, subitement et brièvement ressuscités avant de disparaître pour de bon, sans même en avoir tiré parti.

 

Bâclée, la fin est un véritable gâchis, alors que cette fresque méritait tout de même mieux que cela. Ce dernier tome étant vraisemblablement de commande, on sent que l'auteur, maintenant âgée, a surtout voulu contenter son éditeur (et le service marketing) en se contentant de resservir les restes (mal réchauffés) du tome 5... Dommage d'avoir fait patienter son lectorat pendant neuf ans pour un tel résultat !

 

Vous l'aurez compris, je n'ai pas été séduite par cette vision à l'eau de rose de la préhistoire, dont le slogan pourrait être : "Barbara Cartland au pays des mammouths". Pour les amateurs de lecture sur nos lointains ancêtres hominidés, je conseille plutôt le cycle préhistorique de cinq tomes de Pierre Pelot (collaboration scientifique d'Yves Coppens), intitulé Sous le vent du monde, et qui fait référence dans ce domaine.

 

 

 

Ma note :


 

3 étoilesTrois étoiles (sur dix).

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 15:13

 

 

 

Arto PAASILINNA, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

À l'approche de la cinquantaine, le pasteur Oskar Huuskonen traverse une mauvaise passe. Son mariage bat de l'aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l'Église lui attirent les foudres de ses supérieurs et ses paroissiens le désolent. Comme si cela ne suffisait pas, ses ouailles décident de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère. Ruiné et l'esprit chagrin, Huuskonen décide de partir à l'aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera de la mer Blanche à Odessa, Haïfa, Malte ou Southampton, en quête d'un sens à leur existence.

 

 

L'auteur :

 

Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et qui ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.

 

 

Titre original : Rovasti Huuskosen petomainen miespalvelija

 

 

Année de publication : 1995 

 

 

Premières lignes : 

 

  «Le Diable rôde parmi nous tel un lion rugissant !"

Le pasteur Oskar Huuskonen, appuyé des deux mains à la balustrade de sa chaire, fixait d'un regard implacable les paroissiens de Nummenpää assemblés à ses pieds, la tête courbée sous le poids du péché.»

 

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je connaissais seulement l'auteur de réputation lorsque j'ai entamé ce livre et c'est donc un euphémisme de dire que je ne m'attendais pas du tout à ce genre de littérature ! Un peu bêtement, je l'avoue, sa nationalité finlandaise m'avait conduite à imaginer une histoire austère et minimaliste, rédigée dans un style sec et dépouillé. Hélas, les préjugés sont inévitables et ce, dans tous les domaines.

 

Si j'ai été aussi surprise passées les premières pages, c'est que ce roman est l'exact opposé de ce que j'imaginais, soit un déroutant mélange d'absurde, de farfelu, parfois même de burlesque, voire de picaresque, tantôt très prosaïque, tantôt onirique, charmant, drôle, solaire et généreux.

 

Le pasteur Huuskonen, personnage principal de l'ouvrage, est à la fois coureur de jupons et un peu alcoolique sur les bords, avec un vrai grain de folie s'exprimant particulièrement lors de la pratique de son loisir favori : le javelot ascensionnel (rire garanti à la lecture de ces pages).

 

Soudainement, sa petite vie s'emballe à l'orée de son cinquantième anniversaire : alors que sa femme le quitte, que sa hiérarchie le réprimande pour ses sermons inappropriés et que sa foi plus que fluctuante l'abandonne à ses doutes, ses paroissiens lui offrent une sorte de cadeau empoisonné : un ourson venant de perdre sa mère et judicieusement prénommé par eux Belzébuth.

 

Après un apprivoisement mutuel et une hibernation partagée, l'homme et le plantigrade partiront ensemble pour un long périple, qui de prime abord ressemble fort à une fuite, mais qui peu à peu se transforme en quête initiatique. Traînant sa solitude et ses questions existentielles à la rencontre d'autres solitudes, le pasteur cherche un sens à sa vie.

 

Le parti pris réellement original de l'auteur est de raconter son histoire de façon très réaliste, donc au premier degré, or celle-ci est tellement extravagante (le pasteur apprend à son ours à repasser, cuisiner et servir à table, entre autres choses !) que le lecteur doit forcément la prendre au second degré, et de ce décalage naît l'humour.

 

Cette forme littéraire pourrait finalement s'apparenter à un conte, ou une sorte de fable sur les désillusions d'un homme abandonné par tous les humains, même par son dieu, et qui cherche sa rédemption et sa foi perdue autour du monde, en compagnie d'un ours qui devient son meilleur ami.

 

Derrière un ton apparemment léger, l'auteur porte un regard incisif et sans concession sur la société, notamment les représentants religieux. À tel point que la véritable humanité nous semble finalement le mieux incarnée par un pasteur alcoolique et défroqué et son ours dressé. Tous les personnages croisés dans le livre sont d'ailleurs attachants, nombreux étant ceux à la limite de la folie douce.

 

Certains thèmes ici développés par l'auteur sont apparemment présents de façon récurrente dans toutes ses oeuvres : l'écologie, la nature et les animaux, les voyages, ou encore la fuite (lui-même a dû fuir la guerre, enfant). Dans cet ouvrage, le lecteur est constamment dépaysé, dans les grandes étendues glacées du début, puis lors du grand périple des deux compères.

 

Quant au style de Paasilinna, on jurerait tout d'abord qu'il n'a rien d'exceptionnel, mais peu à peu un rythme, une petite musique se forment et l'on se retrouve pris dans cette lecture sans trop savoir comment, ce qui est sans doute la marque des grands écrivains. Il faut aussi souligner que la très belle traduction y est sûrement pour quelque chose.

 

 

 

Ma note :


 

7 étoilesSept étoiles (sur dix).

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 10:00

 

 

 

Diane SETTERFIELD, Le treizième conte

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à sa biographe Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire, et elle ne croit pas au récit de Vida. Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité. Dans la veine du célèbre Rebecca de Daphné Du Maurier, ce roman mystérieux et envoûtant est à la fois un conte gothique où il est question de maisons hantées et de sœurs jumelles au destin funeste, et une ode à la magie des livres.

 

 

L'auteur :

 

Diane Setterfield, spécialiste d'André Gide, vit à Harrogate (Yorkshire). Le Treizième Conte, son premier roman, vendu dans 34 pays, est devenu d'emblée un best-seller, en particulier aux États-Unis où il est entré n° 1 sur la liste du New York Times.

 

 

Titre original : The thirteenth tale

 

 

Année de publication : 2006

 

 

Premières lignes :

 

"On était en novembre. Il n'était pas encore très tard, et pourtant le ciel était déjà sombre quand j'empruntai Laundress Passage."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je n'attendais rien de particulier de la lecture de ce roman, ce qui explique sans doute pourquoi je l'ai apprécié.  En effet, s'il est souvent risqué de placer de trop grands espoirs en certains ouvrages dûment adoubés par la critique et les maisons d'édition sous peine d'être cruellement déçu, il est en revanche fort agréable de se faire surprendre par un livre dont on ne sait rien.

 

Celui que je vais évoquer mêle plusieurs thèmes principaux, tels que les relations familiales et les secrets en leur sein, la gémellité, la littérature, sans oublier l'amour et aussi la nature. Dans une demeure typiquement anglaise, sise dans un paysage typiquement anglais, une romancière au soir de sa vie, Vida Winter, fait venir auprès d'elle une jeune femme (nommée Margaret Lea) pour lui conter son existence ainsi que celle de sa famille, dans le but de rédiger sa biographie. Seulement, Vida aime mentir et inventer, aussi Margaret devra démêler le vrai du faux afin que son travail soit aussi rigoureux que possible.

 

L'auteur adopte ici une trame narrative complexe et bien construite, basée sur des allers et retours constants entre passé et présent, qui se répondent et parfois même s'imbriquent. En effet, Margaret va devoir mener sa propre enquête sur Vida, ne pas prendre tout ce qu'elle lui raconte pour la stricte vérité et ce faisant, un lien, comme en miroir, se tisse entre elles, qui fera résonner le passé de la jeune femme.

 

Au fil du récit de Vida, qui déroule la vie de sa famille sur plusieurs générations, le lecteur découvre toute une galerie de personnages, pour certains excentriques, à la psychologie très fouillée. Bien décrits et fortement caractérisés, nombre d'entre eux sont également fortement perturbés par les drames qui frappent successivement la famille. Le récit connaît ainsi de multiples rebondissements, l'omniprésence de mystères ne faisant que renforcer le suspens qui irrigue le roman.

 

Un parallèle est clairement mis en place par l'auteur entre le manoir dans lequel se déroule l'intrigue (sur deux périodes de temps) et l'évolution des personnages qui le peuplent : de joyeux et flamboyant, le domaine perd progressivement de sa superbe, devenant triste et délabré. Ainsi les héros connaîtront eux-mêmes une lente décadence, loin de leur magnificence passée.

 

J'ai beaucoup apprécié l'ambiance très particulière nourrie par les descriptions détaillées de cette vaste demeure (dont le beau jardin se transforme peu à peu en une sorte de jungle), ainsi que des landes aux alentours, qui se nappent de brume dès la nuit tombée. Tout cela permet de créer cette atmosphère sombre, romantique et mystérieuse si propice au récit.

 

L'auteur, de par son écriture, fait d'ailleurs immédiatement penser aux grands auteurs victoriens (dits "gothiques") du XIXe siècle, telles les soeurs Brontë avec Les hauts de Hurlevent et Jane Eyre, ou Wilkie Collins avec La femme en blanc. Quant au rythme de l'intrigue, il est volontairement assez lent, ce qui m'a semblé aussi agréable que reposant à une époque où les histoires semblent devoir se dérouler à toute allure.

 

Très bien écrit (et doté d'une excellente traduction), cet ouvrage voit l'auteur user d'un style ample et élégant afin de développer ce qui n'est rien moins qu'une véritable ode au pouvoir de la littérature et des livres, notamment ceux datant de l'époque victorienne.

 

Pour conclure, je dois souligner à quel point se dégagent charme et émotion de cette lecture. Au milieu des personnages attachants qui composent cette vaste saga familiale, se glisse cette question pertinente : comment discerner la vérité du mensonge, la réalité du conte ? Bref, ce retour en guise d'hommage aux grands classiques est donc aussi rafraîchissant que réussi, et surtout, il fait du bien !

 

 

 

Ma note :


 

  7 étoilesSept étoiles (sur dix).


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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 09:19

 

 

 

Marc-Antoine MATHIEU, Les Sous-sols du Révolu

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Dans un futur indéterminé, à moins qu'il ne s'agisse d'un monde parallèle ou d'une autre dimension de la réalité, Marc-Antoine Mathieu nous entraîne dans les profondeurs du musée, dans les entrailles de l'institution. Nous suivons les pas du Volumeur, chargé de quantifier l'inquantifiable, et de son assistant Léonard. Ils vont arpenter les coulisses du plus grand musée du monde pour en prendre les mesures. Mais peut-on mesurer l'incommensurable ?

 

 

L'auteur :

 

Marc-Antoine Mathieu, 45 ans, vit en Anjou. Après des études aux Beaux-Arts d'Angers, il travaille dans une agence de graphistes-scénographes spécialisée dans la création d'expositions. C'est surtout avec L'Origine, publié en 1990, qu'il se révèle non seulement un graphiste et scénographe hors pair, mais aussi un conteur de talent. Unanimement reconnu par la presse, il obtient le prix du meilleur premier album aux salons d'Audincourt et de Mulhouse, et l'Alph Art du Coup de Coeur à Angoulême l'année suivante.

 

Année de publication : 2006

 

 

Premières lignes :

 

"Dans le quartier sud de l'ancien centre de la cité, entre le boulevard Réformé et la Petite Fontaine, s'étale sans vergogne la grande esplanade du Musée. Le Musée du Révolu, c'est ainsi qu'on le nomme couramment. Mais certains l'appellent "Le Voulu Démesuré". D'autres "L'Oeuvre du Muselé"... ou encore "Le Seul Mou du Rêve"... On dit que tous ces noms sont des anagrammes du véritable nom du Musée, qui aurait été oublié." 


 

 


 

 

Mon avis :

 

Ayant fait mes études d'histoire de l'art à l'École du Louvre, j'étais à la fois ravie et intriguée lorsque cette bande dessinée m'a été offerte. Ravie parce que le thème semblait a priori fait pour moi, intriguée au vu du titre et lors de la découverte des premières pages.

 

En effet, l'auteur adopte ici un parti pris assez original : plutôt que de donner à voir, de façon conventionnelle, les oeuvres exposées dans ce musée prestigieux qu'est le Révolu (anagramme du Louvre, pour ceux qui n'auraient pas suivi !) , il préfère dévoiler l'envers du décor, la face cachée de l'iceberg, la machinerie complexe qui le fait fonctionner.

 

Dans les pas d'un Volumeur, personnage mystérieux chargé de recenser, de mesurer et de classifier les activités en sous-sol, le lecteur se voit entraîné, je dirais même plongé, au sein d'un monde obscur et labyrinthique, sorte de ville dans la ville inaccessible au profane et donc réservée aux seuls initiés.

 

C'est donc avec délices que l'on découvre diverses salles et endroits, tous plus étonnants les uns que les autres, avec ce même sentiment de privilège éprouvé durant mes années d'étude, lorsque des lieux fermés au grand public nous étaient exceptionnellement ouverts.

 

Dans cette ambiance très particulière, un peu désuète, à la fois étrange et énigmatique, l'auteur fait la part belle à l'imaginaire, voire même à l'absurde. Le Volumeur travaille et les salles défilent, ainsi que le temps, mais à mesure que les années passent, il semble évident qu'il ne viendra jamais à bout de ce travail inhumain, quitte pour lui à mourir à la tâche...

 

L'auteur semble d'ailleurs, à l'instar de son héros, mettre sciemment son lecteur dans un état de perte de repères spatiaux et temporels : non seulement on ignore à quelle période historique se déroule l'histoire, mais en outre l'ouvrage est scandé par le décompte des jours de travail, le temps avançant par saccades irrégulières, comme pour mieux nous égarer dans les méandres de cette institution tentaculaire.

 

L'ouvrage est également l'occasion de dépeindre et de rendre hommage à de très nombreux corps de métiers méconnus, sans lesquels aucun musée ne pourrait correctement fonctionner. Ces travailleurs de l'ombre, ces petites mains anonymes nous rappellent que chaque rouage a son importance, même dans une machinerie aussi gigantesque.

 

Les points centraux sont la quête de l'obstiné Volumeur et son sens du devoir, puisqu'il consume sa vie entière dans cette tâche, qui prend dès lors un caractère presque sacré. Déployant plusieurs niveaux de lecture, on trouve dans cette oeuvre un important symbolisme, fait de multiples clins d'oeil, qui parleront notamment aux familiers des arcanes de ce musée.

 

L'auteur semble opposer d'une part le travail scientifique, laborieux et comptable du Volumeur, de l'autre le Révolu, sorte d'incarnation de l'Art, lequel échappe par essence à toute tentative de classification et de rationalisation : protéiforme, démesuré, il ne peut être domestiqué et le combat semble perdu d'avance pour chaque Volumeur, tant leur tâche paraît infinie.

 

De très nombreux détails sont des références savantes pour qui saura les décrypter, citons par exemple cette astucieuse mise en abyme d'un tableau peint dans un autre tableau, lequel figure dans un troisième, et ainsi de suite. On peut y voir une allusion aux oeuvres sur lesquelles l'artiste se représentait lui-même en train de peindre, dans un complexe jeu de reflets. L'un des plus fameux exemples est bien sûr Les Ménines, de Diego Velásquez.

 

En ce qui concerne la forme de cet ouvrage, c'est-à-dire le dessin, j'ai apprécié la grande maîtrise technique de l'auteur, ainsi que la beauté majestueuse des grandes planches qui ponctuent l'histoire. L'emploi exclusif du noir et blanc contribue à créer cette atmosphère mystérieuse et confère à l'oeuvre son intemporalité et son universalité.

 

Pour conclure, déroutante au premier abord de par son manque relatif de réelle intrigue et de dialogues, cette bande dessinée se révèle bien plus subtile et complexe qu'il n'y paraît. Je vous engage à donc vous laisser entraîner dans ses profondeurs sans résister, le voyage en vaut la peine...

 

 

 

Ma note :


 

7 étoilesSept étoiles (sur dix).

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 16:57

 

 

 

Éric-Emmanuel SCHMITT, La part de l'autre

 

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Le 8 octobre 1908, Hitler est recalé à son concours d’entrée aux Beaux-Arts. Que se serait-il passé s’il y avait été admis ? Tel est, en partie, l’objet de ce roman. Car Eric-Emmanuel Schmitt s’est amusé à mener de front deux biographies romancées, celle du dictateur Hitler et celle du jeune Adolf H., admis au concours. Nous suivons ainsi pas à pas leur double évolution, les chapitres alternant leurs vies qui se répondent en écho.

 

 

L'auteur :

 

Né en France en 1960, normalien, agrégé et titulaire d’un doctorat en philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre. Plébiscitées tant par le public que par la critique (il compte parmi les auteurs les plus joués actuellement en France et dans le monde), ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Naturalisé belge en 2008, il vit à Bruxelles et vient de réaliser son deuxième film, tiré d’Oscar et la dame rose.

 

 

Année de publication : 2001

 

 

Premières lignes :

 

" - Adolf Hitler : recalé.

Le verdict tomba comme une règle d'acier sur une main d'enfant.

- Adolf Hitler : recalé.

Rideau de fer. Terminé. On ne passe plus. Allez voir ailleurs. Dehors."

 

 

 


 

 

Mon avis :

 

J'ai découvert Éric-Emmanuel Schmitt avec ce livre, et si je n'ai plus rien lu de cet auteur depuis, c'est sans doute à cause de la déception éprouvée en refermant son ouvrage. Je partais pourtant avec un a priori favorable, Schmitt étant à la fois le chouchou des médias et du public, et son sujet suffisamment intriguant pour que l'on s'y intéresse.

 

Ce roman pourrait être le parfait archétype de la bonne idée de départ, laquelle, peinant à être correctement concrétisée, devient vite oiseuse. Soit donc cette folle uchronie, ce postulat audacieux : que se serait-il passé si Adolf Hitler n'avait pas échoué au concours d'entrée des Beaux-Arts de Vienne ?

 

C'est précisément ce que l'auteur va s'attacher à nous décrire, sous la forme de deux trajectoires divergeant à partir de cet événement crucial et faussement anodin. L'une suivra Hitler dans ses rêves sanguinaires de grandeur et de dictature, l'autre verra Adolf H. devenir un peintre reconnu dans le Paris des années folles, épousant une juive, sans que jamais l'Allemagne ne connaisse le nazisme.

 

Cet artifice de construction semble intéressant au départ, mais cela n'a qu'un temps. Le procédé est en fait trop artificiel pour réellement fonctionner, si bien que très rapidement on oublie complètement que le si sympathique Adolf H. est une version positive d'Hitler, alors que cette connexion est pourtant l'ambition première du livre. Les deux personnages principaux, très manichéens (l'un n'est que pureté, l'autre que noirceur), ne sont dépeints que sommairement d'un point de vue psychologique, or cette vision simpliste empêche toute implication du lecteur.

 

Perdue au milieu de ce parallélisme stérile, je me suis souvent ennuyée, car le texte souffre de nombreuses longueurs, surtout dans la partie consacrée au peintre. En effet, cette dernière manque cruellement de relief, ce qui la rend creuse, parfois vide. Quant à l'autre, elle offre selon moi une biographie bien faible et médiocre d'Hitler.

 

Je conseille donc à tous ceux qui s'intéresseraient à cette période de lire plutôt le magistral et glaçant roman de Robert Merle, La mort est mon métier, ou encore Si c'est un homme de Primo Levi, l'un comme l'autre appartenant à un registre nettement supérieur, tant du point de vue de la force du récit que du style.

 

Justement, pour en venir à la forme, je n'ai pas trouvé que l'écriture d'Éric-Emmanuel Schmitt parvenait à sauver son ouvrage : certes facile à lire, elle est assez plate et manque de force et de densité, surtout face à un sujet d'une telle gravité. Quant à son recours occasionnel à la vulgarité, je le trouve vraiment gratuit et inutile.

 

Pour conclure, je voudrais revenir sur deux thèses exprimées par l'auteur dans cet ouvrage et dont l'aspect caricatural et simpliste me dérangent : la première suppose qu'en l'absence d'Hitler, l'Allemagne serait devenue la première puissance mondiale et aurait vécu en paix, devenant même un refuge pour les juifs opprimés.

 

Un tel présupposé me semble confondant de naïveté et de bons sentiments, car je ne doute pas qu'un autre catalyseur (qu'il soit interne ou externe au pays) qu'Hitler aurait tout à fait pu mener au même genre d'atrocités, compte tenu du climat délétère de l'époque.

 

Seconde théorie, encore plus dérangeante : si l'on prend l'auteur au mot, alors l'université de Vienne serait en fait l'unique responsable de la transformation d'Hitler en tyran sanguinaire, manière dangereuse, me semble-t-il, de lui retirer l'entière responsabilité de ses actes.

 

Vous l'aurez compris, cet ouvrage bâti sur un postulat finalement assez racoleur et trop fragile ne m'a pas convaincue. Je terminerai en citant un commentaire avisé à propos de ce livre, écrit par un internaute québécois : "Maintenant, reste à savoir ce que serait devenu Ben Laden si son meilleur ami ne lui avait pas volé son dessert à la cantine."

 

Tout est dit !

 

 

 

Ma note :

 

 

  4 étoiles Quatre étoiles (sur dix).

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 07:15

 

 

 

 

Majgull AXELSSON, La maison d'Augusta

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Qui est Augusta ? D'où vient-elle ? Personne ne le sait. Pas même elle. Quand elle est de bonne humeur, elle prétend avoir surgi du milieu d'un champ de pommes de terre et être restée là, à germer jusqu'à la fin de sa croissance. Évidemment, ce n'est qu'une histoire, parmi les nombreuses fables qu'elle cache dans ses cheveux. Ces histoires l'empêchaient de se rappeler sa vie de bâtarde à l'orphelinat et Olga, cette fille qu'elle ne désirait pas, tout comme elle-même n'avait jamais été désirée. La maison protégera également la famille d'Alice, petite fille d'Augusta, en permettant à la jeune fille de seize ans de cacher une grossesse honteuse. Pour Angelica, son arrière-petite-fille, la maison deviendra une cachette, non plus synonyme d'enfermement mais de liberté. Peut-on cependant recommencer sa vie quand on n'a que seize ans et l'impression d'en avoir mille ?

 

 

L'auteur :

 

Née en 1947 en Suède, Majgull Axelsson est à l'origine diplômée en journalisme. Après le succès de La Sorcière d'avril, La maison d'Augusta est le nouveau roman cette grande romancière suédoise qui sait si bien raconter la condition féminine.

 

 

Titre original : Slumpvandring

 

 

Année de publication : 2002

 

 

Premières lignes :

 

"Le renard voit ce que personne d'autre ne voit. Tache de cuivre dans une forêt cuivrée, il scrute l'automne, enregistre ses mouvements et ses odeurs. C'est pourquoi la trace propre à son odeur suit des voies sinueuses."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je ne connaissais pas du tout l'auteur de ce livre lorsque je l'ai entamé, ignorant donc le succès de son précédent roman. Même si celui-ci semble presque impossible à résumer, je peux quand même dire qu'il déconcerte et dépayse, toutefois je ne qualifierais pas sa lecture de facile.

 

Centrée autour des personnalités complexes de femmes d'une même famille à différentes époques, l'histoire a pour fil rouge, reliant ces quatre générations, la petite maison de la matriarche, Augusta. C'est en effet vers ce lieu ambivalent (tantôt prison, tantôt abri) que se tourneront les autres, qui en quête d'une cachette, qui d'un refuge.

 

L'auteur brosse ces portraits par petites touches, entrelaçant les filiations en une sorte de tissage élaboré que le lecteur devra dénouer, ce qui s'avère un peu ardu. Leurs destinées, parfois fracassées, toujours tragiques, sont finalement le seul héritage de ces femmes. De même que la maison, pleine de leurs souvenirs d'Augusta, demeure un point de repère stable lorsque la tourmente vient les frapper.

 

L'analyse psychologique des personnages, subtile et nuancée, contribue à nous les rendre attachants. Au fil des pages, on se sent transporté dans un univers et une culture totalement étrangers au premier abord, mais finalement assez proches des nôtres, tant il est vrai que certains comportements sont propres à l'humanité tout entière.

 

Il est donc intéressant de découvrir de nombreux détails sur la vie d'autrefois dans cette campagne suédoise reculée, avec notamment en filigrane des conditions de vie très rudes, particulièrement pour les femmes maintenues sous la coupe parfois arbitraire de leurs maris.

 

Baigné dans cette atmosphère où l'amour semble indissociable de la violence, on réalise que la situation n'a hélas guère changé en l'espace de plusieurs décennies. Outre ces thèmes, l'auteur semble avoir une prédilection pour celui du secret, s'attachant à décrire les dégâts et le gâchis que peuvent occasionner les non-dits dans une existence.

 

Quant à la forme de l'ouvrage (c'est-à-dire le style), très littéraire, elle est en parfaite adéquation avec le fond. Je veux dire par là que l'écriture est à l'image de l'histoire : austère, très dépouillée, refusant le pathos comme la facilité. Très bien traduit, le roman possède une couleur particulière, à l'image des paysages suédois : sobres et épurés.

 

Si j'ai apprécié ce mélange d'intensité, de gravité et d'étrangeté se dégageant du livre, j'avoue m'être parfois sentie un peu tenue à distance par la sécheresse du ton et la complexité de ces trajectoires qu'il nous faut reconstituer. Je conseille quand même cette lecture, ne serait-ce que pour l'atmosphère et le dépaysement, qui valent tous deux amplement le détour.

 

 

 

Ma note :


 

6 étoiles Six étoiles (sur dix).

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 08:46

 

 

 

Lauren WEISBERGER, Le Diable s'habille en Prada

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Vingt-trois ans, un diplôme de littérature en poche, Andrea débarque à New York en quête d'un premier job, prête à croquer à belles dents dans la Grosse Pomme. On lui offre -ô miracle !- le poste d'assistante de Miranda Priestly, la rédactrice en chef d'un prestigieux magazine de mode. Comment, elle n'a jamais entendu parler de Runway ni de sa grande prêtresse dont le nom est aussi célèbre que ceux de Chanel ou de Versace ? Voyons, des millions de filles se damneraient pour être à sa place ! Mais les dessous de la mode ne sont pas toujours propres, et au contact de son incomparable patronne, Andrea découvre vite ce que le mot "enfer" veut dire...

 

 

L'auteur :

 

Née en 1977, Lauren Weisberger est américaine. Diplômée de l'université de Cornell, elle vit à New York depuis 1999. Elle fut l'assistante personnelle d'Anna Wintour, éditrice de Vogue, considérée comme la grande prêtresse de la mode. Le Diable s'habille en Prada, premier roman de ce jeune auteur, s'est fait rapidement une place dans les listes des meilleures ventes anglo-saxonnes et françaises.

 

 

Titre original : The Devil wears Prada

 

 

Année de publication : 2003


 

Premières lignes :

 

"J’étais arrêtée au feu rouge, à l’intersection de la 17e Rue et de Broadway, et avant même qu’il ne passe officiellement au vert, une meute de taxis arrogants s’est élancée à l’assaut du carrefour, de part et d’autre de cet engin de mort miniature que j’essayais de piloter. Appuie sur l’embrayage, lâche l’accélérateur, enclenche le levier de vitesse, lâche l’embrayage."

 

 


 

 

Mon avis :

 

N'ayant jamais été particulièrement attirée par ce que d'aucuns nomment "chick lit" (littérature pour filles), j'avoue que je n'aurais jamais eu l'idée de lire ce livre si une amie ne me l'avait pas prêté. Partant il est vrai avec un a priori plutôt défavorable, je dois dire que la plupart de mes réticences ont hélas été confirmées à la lecture, ce qui ne m'a pas empêchée d'avoir quand même quelques bonnes surprises.

 

Pour commencer avec les points positifs, disons que cette chronique du quotidien d'Andrea, jeune femme réduite progressivement à l'esclavage par sa patronne, figure toute-puissante de la presse féminine, m'a souvent amenée à m'identifier à elle. D'abord parce que l'auteur en fait la narratrice de l'histoire, ce qui renforce l'attachement que l'on éprouve à son égard, ensuite parce que ses déboires m'ont rappelé mes propres débuts en tant qu'assistante dans des galeries d'art.

 

L'auteur a effectivement dû expérimenter elle-même ce genre de tyrannie, et j'ai d'ailleurs bien reconnu ces situations : être corvéable à merci, tout en devenant parfois totalement transparente aux yeux des clients (ou des supérieurs hiérarchiques), qui ne font alors pas plus de cas de vous que d'un simple meuble. De même, la frustration d'être sous-employée par rapport à ses études et ses vraies compétences (bac + 4 à l'époque, j'allais notamment récupérer des vêtements au pressing et conduire la petite fille du patron à son cours de danse...), sans oser se mettre en avant pour les faire valoir.

 

Ceci étant dit, ce livre comporte selon moi plusieurs défauts, le premier étant la présence de nombreux poncifs, particulièrement dans la peinture qui y est faite d'un univers de la mode sans foi ni loi. Cette assertion est d'une telle banalité que je me demande bien qui serait assez naïf aujourd'hui pour imaginer le contraire. Loin de sa promesse de critiquer âprement ce milieu, je trouve l'angle choisi par l'auteur assez consensuel et convenu, pas assez grinçant en tout cas pour remettre en cause la superficialité qui y règne.

 

Mon espoir de dynamitage de l'intérieur ayant été déçu, je pensais me consoler avec les personnages, mais trop stéréotypés et manichéens, leur psychologie manque de nuances et de subtilité. Quant à l'héroïne principale, sa volonté d'ascension socioprofessionnelle et ses histoires de coeur sont à deux doigts de faire basculer l'ensemble vers le roman Harlequin. Son quotidien, amusant au départ, devient peu à peu lassant et répétitif, car l'intrigue est bien mince et l'ennui guette le lecteur.

 

En ce qui concerne le texte, il faut reconnaître que sa lecture est assez agréable, mais certainement pas littéraire. Le ton se veut frais, mais il est plombé par un style creux et des dialogues bien plats. Il manque ce grain de folie et d'audace, ce second degré et même ce  nonsense, si bien maniés par les auteurs Anglais, pour dynamiser ce qui est pourtant un sujet en or. Je ne m'étendrai pas sur la fin, cousue de fil blanc et extrêmement prévisible.

 

En fait, la problématique de ce roman peut se résumer à ces deux questions : jusqu'où est-on prêt à aller pour se fondre dans un milieu qui n'est pas le nôtre ? Doit-on, en toutes circonstances et quoi qu'il en coûte, accepter de jouer le jeu ? Il me semble à ce propos qu'entre l'écriture de ce livre et la campagne de communication organisée pour le promouvoir, l'auteur a d'ores et déjà clairement répondu à ces deux interrogations...

 

Pour conclure, je confirme mon impression de départ : je n'apprécie pas vraiment que cet ouvrage soit spécifiquement destiné à un public féminin. Triste constat, si c'est effectivement le cas, car il donne une bien pauvre vision de la femme. À ceux qui voudraient découvrir une autre version de l'esclavage au travail, mais bien plus drôle, féroce et littéraire, je conseille de se tourner vers la lecture de Stupeur et tremblements, d'Amélie Nothomb.

 

 

 

Ma note :


 

4 étoilesQuatre étoiles (sur dix).

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 15:29

 

 

 

Annie PROULX, Brokeback mountain

 

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n'ont pas vingt ans. Ils se croisent le temps d'un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l'espace, ni les non-dits, ni la société n'auront raison de cet amour. Le récit déchirant d'une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l'écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine. Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain (Lion d'or 2005 à la Mostra de Venise), c'est "une grande histoire d'amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres".

 

 

L'auteur :

 

Annie Proulx, romancière américaine née en 1935, vit dans le Wyoming. Couronnée par le prix Pulitzer et le National Book Award, elle a notamment publié Nœuds et dénouement, Les Crimes de l'accordéon, Un as dans la manche et un recueil de nouvelles, Les pieds dans la boue, dont est extrait Brokeback Mountain.

 

 

Titre original : Brokeback mountain (tiré du recueil de nouvelles Close range : Wyoming stories)

 

 

Année de publication : 1999


 

Premières lignes :

 

"Ennis del Mar se réveille avant cinq heures, le vent secoue la caravane, siffle autour de la porte et des encadrements de fenêtres en aluminium. Les chemises pendues à un clou frémissent légèrement dans le courant d’air. Il se lève, gratte le triangle de poils gris au bas de son ventre, se traîne vers le réchaud à gaz, verse un reste de café dans une casserole en émail écaillé ; la flamme enveloppe la casserole de bleu."


 

 


 

 

Mon avis :

 

N'ayant hélas pas encore eu l'occasion de voir la fameuse adaptation de ce livre, j'avais décidé de commencer par l'original, avant sa version cinématographique. D'habitude, je suis presque toujours déçue par les transpositions littéraires au cinéma, aussi ce sera sans doute la première fois qu'un film ne pourra que surpasser l'oeuvre dont il est issu. Partant avec un a priori pourtant favorable (l'auteur a reçu moult prix prestigieux, de même que le réalisateur), je ne me souviens pas avoir éprouvé autant de frustration et de déception durant toute ma "carrière" de lectrice.

 

Cette petite nouvelle, d'une centaine de pages, est normalement incluse dans un recueil consacré au Wyoming, mais en a été détachée ultérieurement, suite au succès fulgurant de son adaptation cinématographique. Débutant dans le Grand Ouest des années 60, elle dépeint sommairement les relations épisodiques entre deux rudes cow-boys qui se retrouvent seuls chaque année en pleine nature pour garder leurs troupeaux.

 

Certains diraient qu'entre eux naît une histoire d'amour, mais comme l'auteur ne décrit vraiment rien de tel, je n'emploierai donc pas un mot aussi lourd de sens pour ce qui ressemble davantage à une banale aventure sexuelle, purement opportuniste et à la limite du sordide. Quant aux deux "héros", là encore j'ai du mal à leur décerner ce qualificatif, car il leur aurait fallu pour le mériter faire preuve d'un minimum de charisme, or ils sont totalement interchangeables, vides de tout sentiment comme de toute aspérité.

 

Il est ardu pour le lecteur de les différencier, tant leur caractère et leur psychologie sont inexistants, échouant à provoquer le moindre attachement, sans même parler d'un début d'identification. Ce n'est pas parce que ces hommes sont tout sauf sentimentaux et qu'ils ne comprennent ni n'analysent ce qui leur arrive que l'auteur n'aurait pas pu, d'une façon subtile, nous amener à ressentir cette passion à leur place, par le biais de leur mutisme, de leurs non-dits et de leurs silences.

 

Faute de quoi, je suis toujours restée à la marge de cette histoire sans jamais parvenir à m'y impliquer (d'où mon rapide désintérêt), si bien que la fin, pourtant tragique, m'a laissée de marbre, au vu de mon peu d'empathie pour les personnages principaux.

 

En ce qui concerne la construction, cette nouvelle trop brève semble bâclée de bout en bout. Je pense avoir compris le parallèle que l'auteur institue entre son style et le contexte social très fruste de ses héros, mais n'ai pas du tout apprécié l'aspect cru, âpre, heurté et sec de son écriture, brute de décoffrage et finalement, très pauvre. Le fait que ses personnages soient des rustres signifie-t-il donc qu'ils ne méritent pas un peu de subtilité de sa part ?

 

Il semble évident qu'Annie Proulx s'est méfiée comme de la peste de tout ce qui aurait pu l'entraîner vers trop de sentimentalisme, mais le fait qu'elle tombe dans l'excès inverse est tout aussi regrettable, selon moi. Le lecteur, décontenancé, se trouve face à deux manques : d'abord l'absence de chair et de souffle du récit, ensuite le manque cruel de sens, car cette nouvelle est finalement dépourvue de tout message, dénonciation ou revendication. J'ai eu beau chercher un quelconque second degré ou une signification cachée, je n'y ai vu que l'indigence de l'intrigue, des personnages et de la langue.

 

Cet ouvrage a donc été pour moi une source de grande frustration, car avec deux cents pages de plus, du souffle et un peu de finesse, cette histoire aurait pu être une formidable et bouleversante histoire d'amour, au lieu de la version triviale et vulgaire qui nous est donnée ici. Rarement j'ai eu à ce point l'impression de passer à côté d'un livre, et en me basant sur cette seule expérience (et peut-être sur une mauvaise traduction ?), le fait que cet auteur ait reçu le prix Pulitzer me paraît totalement incompréhensible...

 

 

 

Ma note :


 

1 étoile Une étoile (sur dix).

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 15:56

 

 

 

Patricia CORNWELL, PostMortem

 

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Ça y est. Le tueur a de nouveau frappé... Une jeune femme d'une trentaine d'années, cette fois. La quatrième en deux mois. Une Noire et trois Blanches. Etranglées. Violées. La ville de Richmond a l'habitude du meurtre. Elle se classe deuxième, aux Etats-Unis, pour son taux de criminalité. Mais il s'agit généralement de règlements de comptes, pas de crimes sexuels de ce genre... Un «serial killer» ? Un échappé d'un asile ou d'une prison qui frappe au hasard ? Le Dr Kay Scarpetta n'en croit rien. Elle a sa petite idée. Et le temps presse. Hélas, quand on est femme et médecin légiste, la vie n'est pas facile. On cherche plus souvent à vous mettre des bâtons dans les roues et des espions dans l'ordinateur qu'à vous faciliter la tâche...

 

 

L'auteur :

 

Née en 1956 à Miami, Patricia Cornwell est tout d'abord journaliste, spécialisée dans les armes à feu et les faits divers. Elle occupe ensuite le poste d'informaticienne à l'Institut médico-légal de Richmond, dont la directrice lui inspire l'héroïne récurrente d'une série de romans : Kay Scarpetta. PostMortem, le premier d'entre eux, reçoit à sa sortie le prestigieux Edgar Poe award, ainsi que le Prix du roman d'aventures en France.

 

 

Titre original : Postmortem

 

 

Année de publication : 1990

 

 

Premières lignes :

 

"Il pleuvait à Richmond, ce vendredi 6 juin.

Les trombes d'eau qui s'abattaient sans interruption depuis l'aube avaient plumé les lilas et jonché de feuilles la chaussée et les trottoirs. Les caniveaux débordaient et les terrains de jeux étaient inondés. Je m'étais endormie au son des gouttes qui tambourinaient sur le toit d'ardoise, mais les premières heures de ce samedi me jetèrent dans un rêve terrifiant."

 

 

 


 

 

Mon avis :

 

C'est avec ce livre, premier paru d'une série qui en compte dix-huit à ce jour, que j'ai fait la connaissance du Docteur Kay Scarpetta, sous la plume alerte et rigoureuse de Patricia Cornwell. Si, de nos jours, il devient heureusement plus commun de voir des femmes tenir le premier rôle dans des univers à part comme celui de la médecine légale, je crois pouvoir dire qu'il en allait tout autrement il y a vingt ans, lors de la publication de cet ouvrage. 

 

D'ailleurs, si l'on considère attentivement son héroïne, il semble évident que l'auteur nous tend une sorte de miroir qui la reflète elle-même. En effet, il ne devait pas être facile, au début des années quatre-vingts, d'être une journaliste spécialisée dans les crimes et les armes. Tout comme Kay Scarpetta, elle a sans doute été occasionnellement en butte au machisme et à la misogynie de certains de ses collègues.

 

Les similitudes ne s'arrêtent pas là : mariées et divorcées, natives de Miami, blondes aux cheveux courts et aux yeux clairs, proches de la quarantaine, nombreux sont les points communs entre son personnage principal et Patricia Cornwell. Avoir travaillé comme informaticienne à l'Institut médico-légal de Richmond lui a de plus fourni assez de matière et d'inspiration pour bâtir un ouvrage aux bases extrêmement solides, tant du point de vue technique que scientifique.

 

Car ce roman policier a justement pour originalité la mise en avant de la science dans la résolution d'enquêtes criminelles, longtemps avant la déferlante des "Experts" à la télévision. Grâce à la légitimité de l'auteur en ce domaine, la crédibilité de l'histoire est assurée, ce qui permet d'ailleurs au lecteur d'apprendre de nombreuses choses intéressantes au fil des pages.

 

Dans l'univers a priori froid et désincarné de sa morgue, Scarpetta dispense chaleur et surtout humanité, car pour elle les morts ne sont pas juste des numéros. Elle en a la charge et surtout la responsabilité, s'en préoccupe sincèrement et n'a de cesse de leur rendre le respect et la dignité dont leur meurtrier les a privés. Kay évolue dans cette ambiance très masculine, mais parvient en toutes circonstances à conserver sa sensibilité et sa féminité, sans pour autant renoncer à sa force intérieure.

 

Autour d'elle gravitent plusieurs personnages attachants, à commencer par l'inénarrable inspecteur Peter Marino. Macho, alcoolique et blasé au premier abord, il va se révéler plus complexe, faisant preuve de ruse, d'intelligence et de courage. Wesley Benton, le séduisant analyste du F.B.I. et Lucy, la jeune nièce surdouée de Kay, complètent cette équipe que l'on aura plaisir à suivre de livre en livre.

 

Quant à la structure du roman, elle ne prend pas la forme du "whodunit" (de "who done it ?") cher à Agatha Christie, avec un coupable présent dès le début de l'enquête et démasqué publiquement lors d'une scène de reconstitution grandiose, devant tous les suspects potentiels. La focale se fait ici sur le processus même de l'enquête, avec un dénouement nettement moins théâtral, ce qui n'empêche pas le suspens.

 

J'apprécie plusieurs choses dans les oeuvres de Patricia Cornwell, la première étant le choix de faire parler Scarpetta à la première personne, garantissant au lecteur une identification maximale. Ensuite, j'ai toujours plaisir à lire ses descriptions, très poussées, qu'elles concernent des techniques scientifiques et informatiques, ou bien de petits détails du quotidien, tels que la gastronomie (Scarpetta est d'origine italienne) ou l'observation de la nature.

 

Je dois avouer que je ne m'attendais pas à apprécier autant la langue utilisée par l'auteur, car les polars sont souvent assez fades de ce point de vue. Certes, son style n'est ni flamboyant, ni tape-à-l'oeil, mais plutôt sobre et subtil, efficace et véritablement littéraire (et bien traduit !). Bien sûr, il est plus facile de l'apprécier après la lecture de plusieurs ouvrages, ce qui permet alors de découvrir une réelle unité de ton, un rythme et une musique des mots propres à l'auteur.

 

Autre originalité de cette série des enquêtes de Kay Scarpetta : contrairement à ces héros qui ne prennent jamais une ride et n'évoluent pas, tous les personnages récurrents présentés dans ce livre vont, au fil des opus, vieillir, changer, mourir même (pour certains), donnant au lecteur l'impression d'appartenir à une sorte de famille. Je vous engage donc à y entrer, sans toutefois faire l'impasse sur la chronologie, vous risqueriez de vous en mordre les doigts !

 

 

 

Ma note :


 

7 étoilesSept étoiles (sur dix).

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 16:12

 

 

 

Matilde ASENSI, Le salon d'ambre

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Si Ana n'était qu'une jeune antiquaire talentueuse, elle ne ferait pas partie de l'Organisation. Ils sont cinq, recrutés parmi les meilleurs. Leur rôle : s'approprier illégalement des œuvres d'art uniques dans le seul but de les revendre. Lorsqu'Ana, en charge de l'exécution de ces vols, quel qu'en soit le danger, découvre dans un château d'Allemagne une toile cachée ouvrant sur les mystères du salon d'ambre, elle en a le souffle coupé. Véritable légende de l'histoire de l'art, ce fabuleux trésor disparu durant la Seconde Guerre n'est autre que la huitième merveille du monde : plus de cinquante-cinq mètres carrés de panneaux d'ambre réalisés sous le règne du premier roi de Prusse, le Graal de tout un peuple, une fortune inestimable, une pure beauté. Des mystères de l'après-guerre aux secrets les mieux gardés, de Weimar au camp de Buchenwald, la jeune femme, aussi libre que séduisante, n'en finira pas de rencontrer l'Histoire.

 

 

L'auteur :

 

Née en 1962 à Alicante, Matilde Asensi a travaillé pour plusieurs radios et journaux espagnols. Elle est l'auteur de Iacobus et du Dernier Caton, qui l'ont fait d'emblée comparer à Arturo Pérez Reverte. Le salon d'ambre est son premier roman.

 

 

Titre original : El salón de ámbar

 

 

Année de publication : 1999

 

 

 

Premières lignes :

 

"Tandis qu’au centre de la place animée du Mercado Chico un membre de l’Inquisition jetait au feu des livres jugés hérétiques, je luttais désespérément à deux rues de là pour sortir du garage ma BMW 525 RDS neuve rouge métallisé. J’étais bloquée par la marée de retardataires qui déferlait vers la fête médiévale organisée par la municipalité."

 

 

 


 

 

 

Mon avis :

 

Lorsque j'ai entamé ce livre, Matilde Asensi n'était pas une inconnue pour moi étant donné que j'avais déjà lu ses deux grands succès, Iacobus et Le dernier Caton (voir article sur ce blog), que j'avais énormément appréciés. Je connaissais donc l'auteur, au point d'attendre beaucoup de sa part avec ce roman... au point surtout d'être très déçue une fois ma lecture achevée.

 

Finalement, je suis plutôt contente de ne pas l'avoir lu en premier, car je n'aurais certainement pas souhaité rééditer l'expérience et me serais donc privée sans le savoir de deux très bons ouvrages. Je dois reconnaître à Matilde Asensi des circonstances atténuantes, car Le salon d'ambre est en fait sa première oeuvre (chose que j'ignorais à la lecture), ceci expliquant sans doute cela.

 

Nantie d'une idée de départ pourtant assez séduisante, avec cette mystérieuse organisation de trafiquants d'oeuvres d'art, l'auteur peine à l'exploiter jusqu'au bout et laisse filtrer, ce faisant, de nombreuses incohérences dans son récit.

 

L'héroïne, qui oscille entre fille tête à claques et attachante, est tellement chanceuse dans ses entreprises, pourtant périlleuses (cambriolage de lieux soi-disant inexpugnables, orientation facile dans un dédale de souterrains), que cela confine souvent à l'invraisemblance la plus totale.

 

Outre ces exploits fort peu crédibles, gravitent autour d'elle des personnages stéréotypés, voire même pour certains, outranciers. La note positive vient quand même des thèmes traités dans cet ouvrage (et bien documentés) : l'alliance toujours savoureuse de l'art et de l'Histoire, la passion des énigmes et la notion de quête, que l'on retrouvera développés avec davantage de succès (et de talent !) dans ses romans suivants.


Un autre défaut de ce livre vient de sa construction, laquelle m'est apparue totalement déséquilibrée. L'intrigue monte en puissance avant de retomber comme un soufflé sur quelques dizaines de pages, laissant au lecteur une frustrante impression d'inachevé.

 

Il aurait manqué plusieurs chapitres à ce roman pour que son issue soit digne de son entame, et l'on se demande par ailleurs quelles obscures raisons ont poussé l'auteur à bâcler ainsi son dénouement, se sabordant par la même occasion. Malgré ce rythme inégal et un certain manque de densité dans l'écriture, reconnaissons-lui une certaine fluidité, rendant le texte agréable à lire.

 

Pour conclure, je dirais que cet ouvrage contient en germes tous les ingrédients qui feront par la suite l'attrait de Iacobus et du Dernier Caton : dialogues ironiques, écriture élégante alliée à une pointe d'humour, image d'une femme forte, érudite et indépendante, solide documentation historique, personnages complexes et attachants...

 

Bref, Le salon d'ambre n'étant finalement qu'une grossière ébauche, je vous conseille de passer immédiatement et sans regrets au niveau supérieur !

 

 

 

Ma note :


 

4 étoilesQuatre étoiles (sur dix).

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  • Correctrice-relectrice ayant une formation d'historienne de l'art, je suis passionnée de lecture et de tout ce qui a trait à la culture : dessin, photographie, expositions, cinéma. N'hésitez pas à visiter mon site de corrections orthographiques : www.lafauteavoltaire.fr
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