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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 14:20

 

 

 

Melania G. MAZZUCCO, Vita

 

 

Melania-G.-Mazzucco--Vita-copie-1.jpg

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Vita a neuf ans quand elle débarque à New York en 1903 avec Diamante, douze ans, venu comme elle d'un petit village du Mezzogiorno. Ils retrouvent une famille dominée par un père autoritaire qui fait régner sa loi dans une modeste pension du quartier italien de Prince Street. Le rêve américain ne résistera pas longtemps aux dures réalités quotidiennes qui les attendent. Diamante multiplie les petits boulots tandis que Vita apprend l'anglais à l'école et travaille à la pension.

 

Au fil des années, le lien qui les unit et les protège de la violence comme de la misère se mue en un amour secret, inavouable, inaccessible à tous ceux qui voudraient l'empêcher. La violence du crime organisé parviendra toutefois à les séparer. Diamante est obligé de fuir pour n'avoir pas respecté la loi du Milieu. Des années d'errance n'entameront pourtant jamais son désir de retrouver l'amour de sa vie. Mais à son retour Vita a changé, beaucoup changé.

 

Un grand roman d'amour ayant pour cadre l'immigration italienne dans l'Amérique du début du siècle, inspiré par la véritable histoire des grands-parents de l'auteur.

 

 

L'auteur :

 

Née en 1966, Melania G. Mazzucco vit à Rome. Elle a publié trois autres romans (encore inédits en France) avant Vita, qui obtint en 2003 le prix Strega, le plus prestigieux d'Italie.

 

 

Titre original : Vita

 

 

Année de publication : 2003 

 

 

Premières lignes :

 

"Ce lieu n'est plus un lieu, ce paysage n'est plus un paysage. Il ne reste plus un brin d'herbe, plus un épi. Arbustes et haies de figuiers de Barbarie ont disparu. Le capitaine cherche des yeux les citronniers et les orangers dont lui parlait Vita - mais il ne voit aucune trace d'arbre. Tout a brûlé."

 

 


 

 

Mon avis :

 

En ouvrant ce livre j'ai été transportée dans un espace-temps méconnu, à savoir l'Amérique du Nord du début du XXe siècle, au sein d'une catégorie de la population que je n'avais vue jusque là qu'à travers Gangs of New York : les premiers immigrés italiens.

 

En effet, on découvre ici le Nouveau Monde (qui n'a jamais aussi bien porté son nom) à travers les yeux d'une petite fille, Vita, arrivant tout juste à New York de son Italie natale. Son étonnement, les sentiments de fascination et parfois de répulsion qu'elle éprouve sont donc les nôtres alors qu'elle découvre et explore ce territoire inconnu.

 

La ville tient au début du roman une place prédominante, comme un personnage à part entière, et son caractère violemment protéiforme explique ma sensation de dépaysement. C'est également la découverte de la misère la plus tragique, qui est le lot quotidien de ces immigrés rejetés par tous, survivant au jour le jour sans grand espoir d'améliorer leur condition. La faillite du rêve américain, en somme.

 

Au fil des ans, Vita grandit aux côtés de Diamante, arrivé en même temps qu'elle. Malgré l'amour qu'ils se portent, Diamante sera pris dans un tourbillon de violence qui l'obligera à fuir la mafia locale. Cette histoire passionnée forme la trame du livre, permettant un certain attachement aux personnages.

 

Ces derniers sont denses et complexes, loin de tout manichéisme, induisant à leur égard des sentiments ambivalents de la part du lecteur, auquel ils ne sont pas toujours sympathiques. Quant au contexte géographique et historique, il est admirablement dépeint avec force descriptions de la ville et des rudes métiers de l'époque (je pense notamment aux porteurs d'eau le long des voies de chemin de fer en construction). La documentation réunie pour ce faire semble solide et j'ai découvert avec plaisir énormément de choses sur cette période que je connaissais mal.

 

Si le fond de l'ouvrage est donc assez enthousiasmant, j'ai été en revanche moins convaincue par la forme. L'écriture de l'auteur est âpre et sèche, à la mesure du monde dans lequel vivent ses personnages, et la construction qu'elle adopte se révèle assez ardue à suivre. J'avoue avoir eu parfois du mal à reprendre ma lecture, un peu découragée par cette intrication de plusieurs histoires complexes.

 

Cette réserve mise à part, le texte est bien écrit et traduit, et l'intérêt pour l'intrigue aide heureusement à mettre de côté certaines résistances passagères. Ce roman au fort potentiel cinématographique mérite donc d'être lu, ne serait-ce que pour son contexte original et passionnant, qui plonge le lecteur dans l'envers impitoyable d'un Nouveau Monde qui fascinait pourtant l'Europe entière à cette période.

 

 

Ma note :


 

6 étoilesSix étoiles (sur dix).

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 08:50

 

 

 

Alain LARCHIER, La Dame de Pérouges, T1 & 2

 

 

 

 Alain Larchier, La Dame de Pérouges T1Alain Larchier, La Dame de Pérouges T2 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Tome 1, Pour la vie d'un manant

 

En cette année de 1468, la cité de Pérouges vient de fêter le retour d'un été qui s'annonce comme le plus beau qu'elle ait eu depuis longtemps. Pour son malheur, un braconnier se fait surprendre et le terrible Humbert Favre, châtelain de la ville, le condamne aussitôt à la pendaison. Pour Jehan, le tisserand, et ses amis, ce nouvel excès qui s'ajoute à une longue liste d'actes tyranniques, est un sujet d'inquiétude en ces temps de guerre latente entre la France et la Savoie. Si messire Favre ne cède jamais à la force ou à la menace, il est vite subjugué par le charme de l'ambassadrice que lui envoie le duc Amédée pour le ramener à la raison. Très vite elle devient pour les habitants de la châtellenie la Dame de Pérouges.

 

Tome 2, La colère du Roi

 

Fidèle à son engagement de soutien aux citoyens de la Cité de Pérouges, Dame Marie s'apprête à affronter son destin au détriment de ses propres intérêts. Alors que la Cité livre bataille et subit un siège destructeur afin de sauvegarder son indépendance, les querelles autour de la jeune femme s'amplifient, attisées par son amie Agnès. Les complots imaginés par son entourage pour la sauver ou pour lui nuire forment la trame de cette histoire romanesque animée par Jehan, le tisserand. Un texte sérieux, une plume alerte, qui sauront vous séduire.

 

 

L'auteur :

 

Alain Larchier est né à Lyon en 1939. Titulaire d'une maîtrise de physique, il devient ingénieur en électronique avant de se lancer dans l'écriture à l'approche de la cinquantaine. Il a travaillé cinq ans sur La Dame de Pérouges, qui est son premier roman.

 

 

Année de publication : 1999

 

 

Premières lignes :


"La nuit était tombée depuis longtemps, et les feux allumés pour la fête de la Saint-Jean commençaient à diminuer de luminosité, mais des lits de braises, rayonnait encore une intense chaleur."


 

 


 

 

Mon avis :

 

Étant très friande de romans historiques, j'en lis donc fréquemment, ce qui me rend sans doute assez difficile à contenter et explique pourquoi cet ouvrage ne m'a guère enthousiasmée. Certes agréable à lire et riche en rebondissements, il manque selon moi de souffle, de corps et de densité.

 

Se déroulant principalement dans la cité de Pérouges, au nord-est de Lyon, l'intrigue met aux prises une belle et pure jeune femme avec un châtelain tyrannique et une amie fort envieuse qui en secret a juré sa perte. Le monde médiéval est ici plutôt bien décrit, on croise notamment des seigneurs, mais également de simples villageois dépendants de leur bon vouloir, dans une société féodale et donc très hiérarchisée. De même, Pérouges et ses alentours (notamment la belle ville de Lyon) sont agréablement dépeints par un auteur qui connaît et aime visiblement cette région.

 

Quant aux personnages, en majorité attachants, ils pâtissent d'un traitement quelque peu caricatural et stéréotypé, tant du point de vue physique que du caractère. Leur description psychologique n'échappe pas à certains clichés et leurs agissements sont hélas souvent prévisibles. Heureusement, l'intrigue est rythmée et les rebondissements se succèdent sans que l'on ne s'ennuie dans sa lecture.

 

Pour en venir à la construction du texte, ce roman est certes plaisant à parcourir, rédigé dans un style fluide et apparemment très bien documenté pour ce qui est des évocations historiques. Cependant, il ne supporte guère la comparaison avec les monstres sacrés du genre (je pense au merveilleux Fortune de France de Robert Merle, qui parvient à unir érudition et littérature) car il lui manque l'élément essentiel pour faire revivre une époque : la langue.

 

L'auteur aurait donc gagné à employer un parler et des tournures, sinon rigoureusement médiévaux, du moins aménagés, avec pourquoi pas un vocabulaire patoisant (quitte à intégrer un lexique à la fin du livre), ce qui aurait tout de suite donné plus de chair et de caractère à son récit, lequel manque par trop de saveur.

 

La Dame de Pérouges est donc, pour résumer, d'une lecture aisée et agréable en dépit de quelques facilités, mais l'absence de certains ingrédients l'empêche de se revendiquer de l'étoffe des plus grands.

 

 

Ma note :


 

4 étoilesQuatre étoiles (sur dix).


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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 14:55

 

 

Arnaldur INDRIDASON, La femme en vert

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d'une fête d'anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain. Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d'Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l'hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il lui raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions.

 

L'enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une femme et ses deux enfants. Une femme victime d'un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout. Voici à nouveau le commissaire Erlendur et ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oli dans un récit au rythme et à l'écriture intenses et poignants, aux images fortes et aux personnages attachants et bien construits. La mémoire est comme toujours chez Indridason le pivot de ce roman haletant, qui hante longtemps ses lecteurs. Un Indridason grand cru !

 

Prix Clé de Verre 2003 du roman noir scandinave et Prix CWA Gold Dagger 2005 (Grande-Bretagne).

 

 

L'auteur :

 

Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des jarres. Plusieurs sont des best-sellers internationaux.

 

 

Titre original : Grafarþögn 

 

 

Année de publication : 2001

 

 

Premières lignes :

 

"Il remarqua qu'il s'agissait d'un os humain dès qu'il l'enleva des mains de l'enfant qui le mâchouillait, assis par terre."


 

 


 

 

Mon avis :

 

Pour ma première lecture d'un auteur islandais, je dois dire que la surprise a été très bonne. Habituée aux romans policiers, celui-ci ne ressemble en rien aux classiques du genre, majoritairement anglo-saxons, et peut selon moi revendiquer son appartenance à la littérature, ceci à plusieurs niveaux.

 

Tout dans cet ouvrage contribue au dépaysement : outre le paysage, je pense aux noms propres et aux patronymes, à la monnaie, aux références culturelles, bref, à tout ce qui permet normalement au lecteur de poser ses repères. Par contre, une fois l'acclimatation faite, on se laisse porter par l'intrigue au sein de ce monde inconnu et par là même, captivant.

 

L'intrigue est habilement tissée : si l'enquête se déroule de nos jours, le crime à élucider date quant à lui de la fin de la Seconde Guerre mondiale. De plus, le commissaire Erlendur doit résoudre cette énigme alors qu'il se débat avec de graves problèmes familiaux. Le récit juxtapose les remontées dans le temps (nous immergeant dans la cellule familiale où s'est déroulé le drame) et l'enquête contemporaine, qui doit se contenter du peu d'indices ayant survécu.

 

Cette construction élaborée permet de faire cohabiter deux périodes différentes pour conter en parallèle la genèse du meurtre et sa résolution plusieurs décennies plus tard, jusqu'au dénouement dans les deux cas : le mobile et l'identité du meurtrier. Quant aux personnages, ils sont riches et complexes, avec une approche psychologique fouillée. On s'attache rapidement à certains, notamment ceux dont le calvaire provoque à coup sûr la compassion du lecteur.

 

Du point de vue de la langue (très bien rendue à la traduction), l'auteur adopte un style âpre et froid, venant comme en écho aux tourments qui glacent chaque protagoniste. De même, l'économie de moyens, la lenteur assumée de l'intrigue, les descriptions poussées des sentiments, la désespérance minant le héros et l'importance du détricotage mémoriel pour parvenir à la vérité, créent une atmosphère bien particulière. À tel point qu'en dépit du suspens, la découverte ultime du meurtrier n'est plus si importante, moins en tout cas que le processus qui y conduit. 

 

Autre point fort du livre, la terrifiante plongée en apnée dans une cellule familiale gangrénée par la violence et la toute-puissance d'un père cruel et tyrannique. Cette vision en interne des abus domestiques crée instantanément un processus d'identification et d'empathie du lecteur envers la victime du bourreau. Le plus effrayant ici est que le danger ne vient pas comme souvent de l'extérieur, mais bien de l'intérieur de ce foyer, un lieu où l'on devrait pourtant plus qu'ailleurs être en sécurité.

 

Je dirai pour conclure que ce livre m'a réellement transportée dans un autre monde grâce à un paysage, une culture, une atmosphère et un rythme très inhabituels, sa construction habile, ses personnages complexes et son intrigue riche en fausses pistes. J'ai aimé me perdre dans cette écriture et me laisser porter par l'histoire, c'est donc tout le mal que je vous souhaite à présent...

 

Je dois ajouter que ce livre est le deuxième mettant en scène le commissaire Erlendur et qu'au regard de sa situation familiale, mieux vaut les lire dans l'ordre chronologique. Au moins deux autres ouvrages consacrés au même héros ont paru depuis.

 

 

Ma note :


 

7 étoilesSept étoiles (sur dix).

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 15:41

 

 

 

Matilde ASENSI, Le dernier Caton

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Il y aurait eu un ordre antérieur aux Templiers et qui leur aurait survécu. Ses membres seraient les gardiens depuis des siècles du plus grand des mystères sacrés de notre civilisation. Dante lui-même aurait risqué sa vie avec eux et la Divine Comédie contiendrait dans ses pages l'une des clefs d'accès à leur sanctuaire. Ottavia Salina, pourtant employée aux archives officieuses du Vatican, et de ce fait informée des secrets les plus enfouis de l'Eglise, ne sait rien d'eux. Aussi, lorsqu'on lui demande soudainement de quitter ses kilomètres de souterrains blindés pour étudier d'étranges scarifications sur le cadavre d'un Ethiopien, elle quitte sa blouse sans poser de questions. Ottavia ignore encore qu'avec la découverte des cicatrices ciselées comme des fils de soie sur le corps de cet homme, elle ne verra bientôt plus jamais le monde comme avant...

 

 

L'auteur :

 

Née à Alicante, Matilde Asensi a travaillé pour plusieurs radios et journaux espagnols. Elle est l'auteur de Iacobus et du Salon d'ambre qui l'ont fait d'emblée comparer à Arturo Pérez Reverte.

 

 

Titre original : El  último Cáton 


 

Année de publication : 2001

 

 

Premières lignes :

 

"Toute oeuvre d'art, tout objet sacré subit comme nous les dommages irréparables du temps."

 

 

 


 

 

Mon avis :

 

J'ai abordé ce roman en espérant ne pas trouver un sous Da Vinci code (que je n'avais déjà pas aimé et qui a fait bien des émules depuis que ce genre est devenu à la mode), or ce ne fut heureusement pas le cas. Bien tricotée par Matilde Asensi, l'intrigue nous fait non seulement voyager, mais aussi et surtout, réfléchir et apprendre.

 

Le choix de son improbable trio de héros (devrais-je dire, d'anti-héros ?) est assez original pour piquer d'emblée notre curiosité : une soeur sicilienne archiviste au Vatican, un professeur copte et un capitaine des Gardes suisses vont devoir faire équipe pour décrypter de mystérieux indices qui les entraîneront très loin, et ce dans tous les sens du terme. Ces personnages totalement dissemblables vont s'apprivoiser et se faire confiance, apprenant les uns des autres afin de progresser dans leur quête.

 

Leurs relations et leur psychologie sont, je trouve, plutôt bien rendues, avec ce qu'il faut de tensions et de préjugés de départ pour amorcer une transformation radicale qui ne prendra fin qu'avec l'histoire. La narratrice, religieuse, permet un angle de vue intéressant, de plus au fil des pages tous se révèlent très attachants.

 

Quant à l'intrigue, elle puise ses bases dans la religion mais aussi dans la littérature, ce qui n'était pas pour me déplaire. Au sein de la Divine comédie de Dante se trouverait une sorte de clef, grâce à laquelle un niveau de connaissances caché peut être atteint et décodé, permettant ensuite d'entamer un cycle d'initiations aussi mystérieuses que dangereuses, se déroulant dans divers lieux symboliques du globe.

 

Les explications fournies par l'auteur sur l'Histoire, la religion et la littérature (bien sûr nécessaires à la compréhension de l'intrigue), ne sont pas artificiellement plaquées sur le texte, comme c'est pourtant souvent le cas dans ce type d'ouvrages plus ou moins ésotériques. Toutes les connaissances exposées semblent solidement documentées, si bien qu'on les découvre et les apprend avec plaisir.

 

Du point de vue du style, le livre est bien écrit et bien traduit, avec une mention aux dialogues très vivants et enlevés, ainsi qu'au rythme d'écriture, qui va crescendo jusqu'au dénouement. Le suspens et l'abondance d'aventures qui attendent les personnages principaux en font un roman très plaisant à lire, un peu à la Indiana Jones.

 

Certes, les esprits chagrins pourront relever certaines invraisemblances, voire quelques facilités dans le traitement des personnages, mais dans l'ensemble cette lecture fort distrayante m'a instruite et divertie, alors ne soyons pas trop difficiles !

 

 

Ma note :


 

6 étoilesSix étoiles (sur dix).

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 14:39

 

 

 

Jules VERNE, L'île mystérieuse

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Pour échapper aux Sudistes, pendant la guerre de Sécession, cinq Américains s'enfuient en ballon. Ils sont surpris par une violente tempête et se retrouvent échoués, démunis de tout, sur une île déserte et inconnue. Alors la vie s'organise, grâce à l'exceptionnelle ingéniosité de Cyrus Smith et à la collaboration active de tous. Cependant, des phénomènes étranges se produisent que les cinq naufragés ne savent expliquer.

 

 

L'auteur :

 

Jules Verne (1828-1905) a travaillé durant près de quarante ans à l'écriture de ses Voyages extraordinaires, soit en tout 64 volumes, pour la plupart des romans d'aventures ou d'anticipation. Mondialement connue, son oeuvre est la deuxième la plus traduite en langue étrangère (après Agatha Christie), avec pas moins de 4 223 traductions !

 

 

Années de publication : 1874-75

 

 

Premières lignes :

 

"Remontons-nous ?

- Non ! Au contraire ! Nous descendons !

- Pis que cela, Monsieur Cyrus ! Nous tombons !

- Pour Dieu ! Jetez du lest !

- Voilà le dernier sac vidé !

- Le ballon se relève-t-il ?

- Non !

- J'entends comme un clapotement de vagues !

- La mer est sous la nacelle !

- Elle ne doit pas être à cinq cents pieds de nous !"

 

 


 

 

Mon avis :

 

J'aborde ici L'île mystérieuse, l'un de mes romans cultes, relu récemment pour la quatrième ou cinquième fois et mon préféré de Jules Verne (avec Le tour du monde en quatre-vingts jours). Ce livre, qui m'a tant fait rêver lorsque j'étais petite, produit encore sur moi cet effet magique bien des années plus tard, ce qui explique son caractère très spécial au sein de mon panthéon personnel.

 

Les apprentis survivants de Koh-Lanta et même l'astucieux Robinson Crusoé sont ici largement dépassés, car aucun n'arrive ne serait-ce qu'à la cheville du génial ingénieur Cyrus Smith, homme sage et plein de ressources (parfois même à la limite de l'omniscience et de l'omnipotence), qui relègue sans peine MacGyver dans les oubliettes de la simple débrouillardise.

 

Ainsi donc cinq naufragés et un chien s'échouent sur une île a priori déserte et tentent d'y survivre, puis d'y vivre tout court, avec pour seule aide leurs connaissances et les quelques objets en leur possession au moment de l'accident (ah ! le destin de l'unique grain de blé !). Peu à peu, grâce aux compétences de chacun, la simple survie est dépassée pour tendre à une acclimatation incroyablement sophistiquée aux contingences locales, pourtant fort rudes et inhospitalières. De multiples aventures émaillent bien sûr cette chronique, tandis que des phénomènes mystérieux se produisent et que le suspens monte jusqu'au rebondissement final, pour le moins grandiose et inattendu.

 

Certes, à l'époque de Jules Verne la vision de la nature est très différente de la nôtre : l'Homme lui étant indiscutablement jugé supérieur, elle doit dans cette optique être domptée et transformée afin de servir ses objectifs. Cette notion de colonisation revêt certes de nos jours une connotation péjorative, mais replacée dans son contexte, il s'agit surtout ici de montrer le triomphe de la science et de l'esprit humain, capables de survivre et de prospérer à partir de rien ou presque. Le savoir comme unique trésor, en quelque sorte.

 

La glorification des ressources intellectuelles et manuelles (car cet aspect n'est pas du tout négligé, l'un n'allant pas sans l'autre sur l'ile) des hommes va de pair avec cet esprit pionnier que possèdent les héros, lesquels sont Américains, détail qui prend alors toute son importance. On note également que Jules Verne fait ça et là dans son récit quelques allusions à une société utopique, ce qui n'est pas étonnant à une époque où la science est perçue comme totalement bénéfique et toute-puissante.

 

Outre l'intensité des aventures qui attendent les personnages, leur caractère attachant (l'auteur prenant soin de bien différencier chacun, leur attribuant un domaine de compétence en propre, ce qui rend leur rôle au sein du groupe d'autant plus déterminant) et le suspens qui grandit au fur et à mesure de la lecture, on doit également rendre hommage à l'écriture magistrale de Jules Verne.

 

Le livre comporte de nombreuses descriptions (qu'elles soient géographiques, animalières, botaniques ou techniques) d'une incroyable précision, offrant un aperçu de l'immense savoir de l'auteur et de la solidité de sa documentation. Non content de nous faire vibrer à la lecture de son intrigue, ce roman contribue également à notre édification et on le referme en ayant l'agréable impression d'avoir appris quelque chose, ne serait-ce qu'une infime partie de toutes les connaissances qui y sont exposées.

 

Quant au style à proprement parler, Jules Verne emploie une langue riche et soutenue, fort élégante et très travaillée, faisant surgir sans peine de multiples images dans l'esprit du lecteur. La tenue du texte, la rigueur et la finesse des descriptions, ainsi que le rythme des dialogues en font un vrai bonheur de lecture.

 

Pour conclure, ce grand roman possède bien des atouts qui ont enchanté des générations successives de lecteurs : les incroyables aventures de personnages placés malgré eux dans un contexte extraordinaire (au sens propre du terme), le tout écrit dans un style purement littéraire, soit l'alliance rare et idéale du fond et de la forme, afin de nous faire rêver et d'ouvrir les portes de notre imaginaire...

 

 

Ma note :


 

  10 étoilesDix étoiles (note maximale).

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Rousseau / Voltaire - dans Dix étoiles
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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 14:01

 

 

 

Carlos RUIZ ZAFÓN, L'ombre du vent

 

 

Carlos-Ruiz-Zafon--L-ombre-du-vent.jpg

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafón mêle inextricablement la littérature et la vie.

 

 

L'auteur :

 

Carlos Ruiz Zafón est né à Barcelone en 1964. Il se lance dans la publicité avant de tout quitter pour devenir écrivain et déménage à Los Angeles où depuis 1993, il écrit notamment des scénarios de films.

 

 

Titre original : La sombra del viento

 

 

Année de publication : 2001

 

 

Premières lignes :

 

"Je me souviens encore de ce petit matin où mon père m'emmena pour la première fois visiter le Cimetière des Livres Oubliés. Nous étions aux premiers jours de l'été 1945, et nous marchions dans les rues d'une Barcelone écrasée sous un ciel de cendre et un soleil fuligineux qui se répandait sur la ville comme une coulée de cuivre liquide."

 

 


 

 

Mon avis :

 

J'ai commencé ce livre ayant à l'esprit son succès en librairie et le formidable engouement qu'il suscitait chez le public, or il est souvent dangereux de partir avec autant de présupposés favorables, car la déception n'en est ensuite que plus rude.

 

À l'encontre de la majorité des personnes ayant apprécié, voire adoré cet ouvrage, je dois donc avouer qu'il ne m'a pas convaincue, loin s'en faut. Je lui reconnais cela dit quelques points positifs, comme l'idée de départ, pourtant prometteuse : ce Cimetière des Livres Oubliés, dans lequel on adopte un livre qui sera celui de toute une vie, voilà qui semble original et séduisant. Dommage donc que cette trouvaille soit ensuite gâchée, car délayée au fil des pages de ce roman fleuve, pour ainsi dire noyée corps et biens, sans que jamais l'enthousiasme du début de la lecture ne refasse surface.

 

L'auteur a apparemment commencé sa vie professionnelle dans la publicité, cela se sent ; il s'est ensuite tourné vers l'écriture de scénarios aux États-Unis... cela se sent encore plus ! Ce roman donnerait sans nul doute un film palpitant, avec son lot de beaux décors, de terribles mystères et d'inévitables retours en arrière, mais si l'on s'en tient à l'écriture, je trouve que tout cela sonne creux, en dépit d'une construction qui se veut élaborée.

 

L'intrigue, nébuleuse et erratique, s'emballe en de brusques rebondissements, totalement rocambolesques, avant de s'épuiser d'un seul coup et d'entrer en hibernation pour un temps qui semble infini. Quant aux personnages, je ne me suis pas attachée au héros et les figures qui l'entourent sont toutes trop stéréotypées et manichéennes pour déclencher la moindre émotion. Le regrettable manque de finesse psychologique et les différences de rythme en font un livre que je n'ai pas eu grand plaisir à lire. Disons même que je me suis parfois franchement ennuyée.

 

Seuls points positifs dans tout ça, l'excellente traduction et les très belles descriptions de la ville de Barcelone, qui restera mon personnage préféré du livre ! L'ambiance rendue à ces moments-là entretient suffisamment le mystère pour ne pas avoir recours à une intrigue artificielle et embrouillée qui perd le lecteur plus qu'elle ne le guide. Même le contexte historique, pourtant intéressant, ne parvient pas à captiver.

 

Rien n'est pire que d'arracher le magnifique emballage d'un cadeau pour se retrouver finalement avec une boîte vide : c'est l'effet produit par ce livre, dont le postulat de départ (sans même parler de l'accueil public) laissait présager une lecture passionnante, laquelle s'avère tout compte fait assez frustrante.

 

Je termine en ajoutant que Carlos Ruiz Zan vient de sortir un autre roman (se plaçant à la suite de celui-ci), que je lirai prochainement. Ne m'attendant à pas grand-chose, peut-être cette fois aurai-je une bonne surprise ?

 

 

Ma note :


 

4 étoilesQuatre étoiles (sur dix).

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 15:30

 

 

 

Lilian JACKSON BRAUN, Le chat qui lisait à l'envers

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Pour Jim Qwilleran, ancien chroniqueur criminel, un poste de rédacteur artistique est une véritable gageure étant donné qu'il ne connaît rien à la question. Très rapidement, il se rend compte que son véritable travail consiste à contrebalancer celui d'un féroce critique d'art, attaché au même journal et détesté de tout le monde. Pourtant la maison de celui-ci est un véritable musée, sa table celle d'un fin gourmet et l'homme lui-même est brillant et satirique. Il possède aussi un chat siamois aristocratique, Kao K'o Kung - alias Koko, pour Qwilleran - qui apprécie les vieux maîtres et sait lire à l'envers les manchettes de journaux. Dans le monde apparemment paisible des beaux-arts, trois morts brutales se produisent et c'est en partie grâce au flair de Koko que Qwilleran sera mis sur la piste du coupable...

 

 

L'auteur :

 

Née en 1913, Lilian Jackson Braun est un écrivain américain auteur d'une trentaine de romans mettant en scène Jim Qwilleran et ses chats siamois aux prises avec des mystères et des meurtres inexpliqués. La série, commencée en 1966 et interrompue deux ans plus tard, est reprise en 1986 avec un succès qui ne se démentira pas par la suite.

 

 

Titre original : The cat who could read backwards

 

 

Année de publication : 1966

 

 

Premières lignes :

 

"Jim Qwilleran, dont le nom avait déconcerté les linotypistes et les correcteurs d'épreuves durant deux décennies, arriva quinze minutes avant l'heure fixée pour son rendez-vous avec le directeur du Daily Fluxion."

 

 


 

 

Mon avis :

 

C'est avec une réelle gourmandise que j'ai lu ce livre (premier d'une longue série du genre) relatant les enquêtes "félino-policières" de Jim Qwilleran et de son chat siamois Koko, lequel est doté d'un sixième sens pour le moins surprenant. Si vous n'appréciez que les polars réalistes et poisseux à la James Ellroy (que j'adore par ailleurs), passez votre chemin ! Certes des crimes ont également lieu ici, mais c'est bien là le seul point commun que l'on pourrait trouver entre ces deux catégories de romans.

 

Le héros de Lilian Jackson Braun, Jim Qwilleran, n'a rien d'un fringant jeune officier : il s'agit d'un ancien chroniqueur criminel que des problèmes de boisson ont mis sur la paille et qui doit se contenter d'accepter le travail qu'on lui donne, dans un domaine très éloigné de ses compétences. Le passé de l'auteur, journaliste elle-même, ainsi que ses goûts pour l'art et la gastronomie ressortent tout au long de l'histoire, créant une atmosphère feutrée et plaisante pour qui partage ses passions, chats y compris !

 

L'intérêt de ce livre n'est pas uniquement son intrigue policière, mais aussi la présentation de deux héros récurrents qui ne se quitteront plus, à savoir Jim Qwilleran et Kao K'o Kung. Le premier compte sur son instinct pour flairer les crimes, aidé par son habileté à provoquer les confidences des gens qu'il rencontre. Quant au second, un siamois au pedigree long comme le bras, il possède, en dépit de ses allures aristocratiques, une sorte de don pour détecter de précieux indices.

 

Toute l'ambiguïté réside d'ailleurs dans ce flou volontaire autour de ses capacités. Même si Qwilleran semble persuadé de ses aptitudes, il laisse souvent la place au doute et les fulgurances de Koko n'étant interprétées comme telles qu'après coup, elles pourraient aussi bien n'être que de simples coïncidences. Le lecteur se fait donc sa propre opinion sur le sujet, ce qui est assez malin.


J'apprécie dans ce livre l'ambiance parfois un peu désuète rendue par l'auteur, la façon dont elle décrit les oeuvres d'art et le petit monde des galeries (que je connais bien pour y avoir travaillé quelque temps), l'humour émaillant les dialogues, l'observation très juste et souvent drôle des comportements félins (à nouveau, je parle d'expérience !), le caractère attachant de ce tandem pour le moins inattendu, ainsi que l'épaisseur particulière donnée aux personnages secondaires, dont certains reviendront dans les épisodes suivants.

 

Même si l'auteur est américaine, on pourrait jurer qu'il s'agit d'un petit roman anglais, certes sans prétention, mais dépaysant, bien écrit, charmant et élégant, dont la lenteur permet juste de le savourer un peu plus longtemps !

 

 

Ma note :

 

 

6 étoilesSix étoiles (sur dix).

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 14:36

 

 

 

Georges J. ARNAUD, Le Poulpe : L'antizyklon des atroces

 

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Pendant l'occupation allemande, l'industrie chimique française Ugine à Villiers-Saint-Sépulcre a fabriqué du Zyklon BG pour le compte des nazis, à destination des chambres à gaz... Jules Mangille, manutentionnaire dans l'usine à cette époque, est formel : juste avant l'évacuation des dernières productions de Zyklon B, toute une cargaison a été détournée et n'a jamais pris le chemin de l'Allemagne. Où est-elle passée et à quoi a-t-elle servi ? Alphonse Brichet, ancien doriotiste et amateur de pigeons, est mort depuis longtemps, mais son fils Philippe se livre quant à lui à des trafics assez obscurs : entre élevage de chiens, pigeons et cuves à incinération. Le Poulpe, toujours aussi déterminé, est décidé à voir clair dans ces affaires...

 

 

La collection Le Poulpe :

 

Le Poulpe  est une collection de romans policiers créée en 1995 par Jean-Bernard Pouy. Son principe de base : chaque ouvrage est écrit par un auteur différent, mais tous racontent les aventures du même personnage, le détective Gabriel Lecouvreur, alias « Le Poulpe » (à cause de ses grands bras, semblables à des tentacules), un enquêteur libre, curieux et indépendant. Partant de faits divers exprimant les maladies de notre monde, il explore les désordres du quotidien. Ce n'est ni un vengeur ni le représentant d'une morale, plutôt un témoin. En 1998, une adaptation en est faite au cinéma, avec Jean-Pierre Darroussin dans le rôle titre.

 

 

L'auteur :

 

Georges-Camille Arnaud dit Georges-Jean Arnaud, né en 1928, est l'un des écrivains français les plus prolifiques. Sa production était estimée à plus de 350 romans (principalement d'espionnage et policiers) en 1997, écrits sous divers pseudonymes.

 

 

Année de publication : 1998

 

 

Premières lignes :

 

"Philippe Brichet guettait la route de Beauvais, installé dans son pigeonnier depuis huit heures du matin. On n'avait pu lui donner l'heure précise du rendez-vous, on avait téléphoné la veille depuis Strasbourg."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je suis depuis longtemps friande de cette collection, appréciant le  caractère atypique du personnage principal, ainsi que le ton et l'atmosphère très particuliers rendus dans les ouvrages. Il est vrai que ces derniers sont parfois de qualité inégale, selon le talent des auteurs qui y participent.

 

Lorsque l'un d'entre eux s'avère particulièrement réussi, on déplore de ne pouvoir lire un autre épisode écrit de la même main, mais c'est aussi le but de cette collection que de confronter les vues et le style d'écrivains très différents, avec parfois le plaisir de nous en faire découvrir certains, moins connus du grand public.

 

Cet opus est donc selon moi un cru très honnête au sein de la série, sans doute pas mon préféré, mais disons que l'auteur se coule fort plaisamment dans le moule de la collection, respectant globalement le cahier des charges. Celui-ci impose quelques fondamentaux : la lutte acharnée du Poulpe contre les idées d'extrême droite (un thème récurrent),  ses convictions proches du mouvement anarchiste,  un sens de l'humour et de l'auto-dérision très salvateur, une description au vitriol de la bourgeoisie provinciale,  et enfin des dialogues souvent argotiques, plus ou moins dans la veine d'Audiard.

 

Certes, l'intrigue est ici quelque peu prévisible, mais je n'ai pas boudé mon plaisir d'autant que l'écriture concise, rythmée et percutante est en parfaite adéquation avec la personnalité du héros. Mon seul regret : l'absence presque totale de Cheryl la shampouineuse, compagne du Poulpe (et par ailleurs héroïne principale de certains opus de la collection), qui apporte d'habitude une touche féminine bienvenue (fut-elle de mauvais goût !) dans cet univers très masculin.

 

Je précise d'ailleurs pour conclure qu'à l'inverse de la plupart des héros de romans noirs traditionnels, Gabriel Lecouvreur est profondément féministe, ce qui nous change avec bonheur des machos dépeints habituellement dans ce genre de littérature, pour lesquels les femmes sont au mieux des jouets, au pire, des proies...

 

 

Ma note :


 

6 étoilesSix étoiles (sur dix).

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 14:18

 

 

 

Charles WILLIAMS, Fantasia chez les ploucs

 

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

La plus fantastique chasse à l'homme du siècle... confusion indescriptible... véritable ruée de volontaires... une prime de 500 dollars... recherchée par le FBI, la police de 23 Etats et autant de gangsters notoires, la ravissante et déjà célèbre Caroline Tchou-Tchou se serait enfuie presque nue dans les marais... toute la région participe aux recherches...


Décidément, on ne s'ennuie pas à la campagne et, s'il y a des ploucs, ils gagnent à être connus... Finley le prédicateur azimuté... Gimerson qui pleure ses cochons... Le shérif qui devient fou... Et l'oncle Sagamore ! Celui-là, dans son genre, il confine au génie... Ce n'est peut-être pas pour rien si tout se trame sur ses terres... De quoi faire pleurer les z'honnêtes gens... Mais allez prouver quoi que ce soit...

 

 

L'auteur :

 

Né au Texas en 1909, Charles Williams s'engage dans la marine marchande et navigue sur les mers du monde entier. Il publie son premier roman, La fille des collines, en 1951. Suivront, jusqu'en 1973, vingt-deux autres récits, dont Calme blanc ou Celle qu'on montre du doigt. Deux ans plus tard, il se suicide à bord du bateau où il vivait. Fantasia chez les ploucs est considéré comme l'un des plus grands classiques de l'humour noir américain.

 

 

Titre original : The diamond bikini

 

 

Année de publication : 1956

 

 

Premières lignes :

 

"Ah ! ça, pour un été, c'était un fameux été ! Comme dit Pop (Pop c'est Papa), les fermes, c'est fortifiant, et pour ce qui est d'en trouver une plus fortifiante que celle à mon oncle Sagamore, on peut chercher."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Avec ce livre, Charles Williams nous procure des fous rires garantis dans une incomparable ambiance d'humour noir, un peu à la Audiard (je pense aux Tontons flingueurs, par exemple). La trouvaille de génie de l'auteur est d'avoir choisi pour narrateur un candide enfant de sept ans, qui décrit de son point de vue, c'est-à-dire au premier degré, les agissements très peu légaux des adultes de son entourage et les aventures rocambolesques qui s'en suivent.

 

Le rire provient donc du décalage hilarant entre la réalité et les faits, tels qu'ils sont racontés par le jeune Billy (lequel, dans son innocence, ne perçoit pas les réelles motivations de ceux qu'il côtoie), sorte de Petit Nicolas au pays des gangsters ! Le lecteur doit traduire le récit de l'enfant au second degré afin de comprendre les sous-entendus et les quiproquos qui s'enchaînent. Du contraste entre la fraîcheur de la forme et la noirceur du fond découle un vrai régal de lecture.

 

L'intrigue offre quant à elle d'innombrables rebondissements, ainsi qu'un certain comique de répétition, dont le Shérif est la victime. Elle met en scène plusieurs personnages délirants (l'un d'entre eux passe ses journées à construire une arche pour s'y mettre à l'abri lors d'un déluge qu'il pense imminent), rendus immédiatement attachants de par leur truculence et leur saveur.

 

Les dialogues sont rythmés, percutants, l'argot y tenant une belle part. J'ai ainsi savouré l'emploi de cette langue imagée, au style très malicieux et dynamique, aussi clair et précis que l'intrigue est échevelée et tentaculaire. Mention enfin à l'excellente traduction, qui parvient à rendre subtilement les différences de niveau de langage et de compréhension décrites précédemment, ainsi que l'argot employé par les adultes.

 

Derrière le caractère drolatique de l'histoire, il faut également voir dans cet ouvrage la critique de plusieurs travers de la société américaine de l'époque, comme l'extrême puritanisme, la Prohibition, ou encore l'hypocrisie ambiante. L'auteur prend clairement parti pour les exclus de la société, les rebelles, ceux qui ont franchi la ligne et sont depuis lors stigmatisés par les bien-pensants, lesquels ont finalement souvent quelque chose à cacher et ne sortent pas grandis de cet ouvrage !

 

Bref, Fantasia chez les ploucs est un livre délicieux et rafraîchissant, qui fera rire enfants comme adultes, chacun l'appréciant selon son propre niveau de compréhension de l'histoire...

 

 

Ma note :


 

  8 étoilesHuit étoiles (sur dix).

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 14:33

 

 

 

Ian Mc EWAN, Expiation

 

 

 

Ian Mc Ewan, Expiation

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour ne se recroiser que cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. La brutalité du réel va faire mûrir Briony. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Prolongeant une grande tradition anglaise, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites du romancier, Ian McEwan restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus.

 

 

L'auteur :

 

Né en 1948, Ian McEwan est considéré comme l'un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. Outre Les chiens noirs et Délires d'amour, on lui doit Le jardin de ciment, Un bonheur de rencontre et L'innocent, tous accueillis par une presse enthousiaste et adaptés à l'écran. Publié en 1987, L'enfant volé a reçu le prestigieux Whitbread Novel of the Year Award et, en France, le prix Femina étranger (1993). Amsterdam a reçu le booker Prize en 1998.

 

 

Titre original : Atonement

 

 

Année de publication : 2001 

 

 

Premières lignes :

 

"La pièce de théâtre - dont Briony avait conçu affiches, programmes, billets, construit la caisse à l'aide d'un paravent renversé et garni la boîte à monnaie de papier crépon rouge -, elle l'avait écrite en deux jours de furie créatrice, au point de sauter un petit déjeuner et un déjeuner."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Goûtant fortement l'atmosphère et la saveur inimitables des romans anglais, je formais à vrai dire quelques espérances concernant ce livre, lesquelles furent en partie déçues.

 

En effet, si l'idée de base est bonne (plusieurs vies basculant suite à un malentendu, avec les remords qui s'en suivent), je n'ai pas été séduite par sa mise en forme et moins encore par la structure déséquilibrée de l'histoire, de densité inégale suite à un découpage en quatre parties, lesquelles prennent place dans des lieux et à des époques différentes.

 

La première partie, sorte de genèse des suivantes, est selon moi plombée par des descriptions sans fin destinées à planter le décor et les personnages. J'aime pourtant particulièrement la lenteur étudiée de certaines oeuvres (je pense à celles de Jane Austen),  lorsqu'elle est justifiée par sa contribution à l'atmosphère et au style en traduisant subtilement des notions de routine ou d'ennui, par exemple.

 

Ici en revanche, je dois dire que je me suis légèrement ennuyée (au point de faire traîner ma lecture) et n'ai pas vraiment saisi le bien-fondé de cette pesanteur assumée, d'autant plus dommageable à mon sens que la langue de Ian Mc Ewan est belle, indiscutablement littéraire, et qui plus est, bien traduite.

 

Les autres parties du livre décrivent les répercussions de la seconde Guerre Mondiale sur les personnages principaux quelques années plus tard, ainsi que l'évolution de certains d'entre eux jusqu'à nos jours. Plus rythmées et plus dynamiques, ces pages ont été assez agréables à lire, même si la pirouette finale choisie par l'auteur me laisse sur ma faim.

 

En conclusion, les questions soulevées par ce roman quant au pouvoir implacable des mots, aux remords et à l'éventuelle possibilité d'une rédemption sont certes intéressantes, mais la forme très austère et l'écriture sèche adoptées par l'auteur m'ont hélas tenue à distance de toute implication émotionnelle vis-à-vis de l'intrigue.

 

 

Ma note :


 

4 étoilesQuatre étoiles (sur dix).

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