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Stéphane HESSEL, Indignez-vous !
Présentation de l'éditeur :
Pour Stéphane Hessel, le «motif de base de la Résistance, c'était l'indignation.» Certes, les raisons de s'indigner dans le monde
complexe d'aujourd'hui peuvent paraître moins nettes qu'au temps du nazisme. Mais «cherchez et vous trouverez» : l'écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l'état de la
planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au toujours plus, à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu'aux acquis bradés de la Résistance
: retraites, Sécurité sociale... Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac, Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l'homme... en sont la démonstration.
Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu'il appelle à une «insurrection pacifique».
L'auteur :
Né en 1917 à Berlin, Stéphane Hessel est diplomate et militant politique, ainsi qu'écrivain. Combattant de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le Général de Gaulle à Londres avant d'être envoyé en mission en France. Capturé, il est déporté à Buchenwald, puis à Dora, échappant par deux fois à la pendaison avant de pouvoir s'évader. Après la guerre, il est nommé ambassadeur de France, notamment en Chine, et participe en 1948 à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l'homme. Il a été élevé en 2006 à la dignité de Grand-Officier de la Légion d'honneur.
Année de publication : 2010
Premières lignes :
"93 ans. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance !"
Mon avis :
Je vais à nouveau m'attaquer ici à un phénomène d'édition, à savoir le pamphlet récemment paru de Stéphane Hessel, qui semble vu comme un nouveau Saint Graal idéologique et philosophique par tous les intellectuels français l'ayant découvert. Comme souvent (dans mon cas, à tout le moins), battage médiatique = certaines attentes = déception certaine.
Tout d'abord dans la forme, car on ne peut décemment qualifier de "livre" un petit fascicule lu en un quart d'heure à peine. Une vingtaine de pages en tout et pour tout, ce qui aurait certainement mieux convenu, formellement parlant, à un article (ou même un dossier) de presse écrite. Ma première critique est donc la trop grande brièveté de ce texte, hélas dépourvu du souffle et du corps pourtant nécessaires au traitement d'un sujet d'une telle ampleur. Je dois néanmoins préciser que cet ouvrage est plutôt bien écrit, mais dans un style plus journalistique que vraiment littéraire.
Si l'on se concentre à présent sur le fond, je dois dire qu'il s'en dégage une impression de "beaucoup de bruit pour rien". Je reconnais la justesse de l'analyse des travers de notre société que livre l'auteur, mais une fois ce constat posé dans toute son évidence, tout reste à faire. En effet, je dois le dire en toute modestie, mais je n'ai pas attendu Stéphane Hessel pour réfléchir à la (mauvaise) marche du monde tel que nous le connaissons, et il y a bien longtemps que je suis parvenue aux mêmes conclusions que lui (j'espère ne pas être la seule).
Ma déception vient du fait qu'il stoppe sa réflexion, et donc son texte, juste au moment où il faudrait trouver des solutions. Il est peut-être utile de récapituler les causes du problème (pour les rares qui croiraient encore vivre dans un monde juste et égalitaire ?), mais il me semble nettement plus vital de s'attacher ensuite à tenter de les résoudre. C'est justement sur ce point délicat que j'attendais beaucoup de ce livre, et c'est donc sur ce point que j'ai été déçue.
Car il est relativement facile de s'indigner, une attitude sans doute très partagée en France, pays de "râleurs" s'il en est ! Il est par contre bien plus complexe de proposer des actions concrètes pour canaliser l'éventuelle bonne volonté des gens et la transformer en quelque chose ayant un impact durable. Certes, l'auteur donne quelques pistes, notamment associatives, mais cela ne suffit pas pour générer des changements sociétaux en profondeur.
Je ne nie pas que Stéphane Hessel soit sincère et plein de bonnes intentions, j'aimerais croire à l'utopie qu'il propose, mais son écriture manque trop d'élan pour susciter l'espoir et la motivation. J'attendais moins de lieux communs et davantage de propositions de la part de quelqu'un ayant une telle expérience de la vie, du pouvoir et de l'être humain.
Selon moi, si les jeunes dont il parle et qu'il tente de réveiller dans ce livre semblent en majorité endormis, notamment par un excès de nouvelles technologies, c'est avant tout pour tenter d'y oublier leur désespoir de la vie. Je veux dire par là que leur apparent cynisme, de même que leur farouche individualisme les protègent telle une armure des horreurs de notre "merveilleux monde moderne".
Si des solutions existent aux raisons pour lesquelles on s'indigne, je pense qu'elles devraient venir de deux domaines en particulier : la politique et l'éducation. Malheureusement, les jeunes n'ont plus foi dans les politiciens, à cause d'un manque certain de leaders charismatiques pouvant les guider et leur servir de modèle.
En effet, ceux qui devraient tenir ce rôle primordial sont au mieux décevants, au pire consumés par leur égo au point de trop souvent faire passer leurs aspirations personnelles avant le bien public. Même échec pour ce qui est de l'éducation, pourtant vitale, car elle n'a plus les moyens de ses ambitions. Ces deux domaines sensibles ne sont pas suffisamment traités par l'auteur, ceci malgré le fort potentiel d'indignation en la matière !
Pour conclure, je reproche à Stéphane Hessel d'enfoncer des portes ouvertes avec ce livre, qui est vite lu, mais aussi vite oublié, notamment à cause de son manque de propositions concrètes. En effet, l'indignation n'est pas une fin en soi et devient vite stérile si cette émotion n'est pas ensuite canalisée et transformée en quelque chose d'utile. Quant aux raisons de ce raz-de-marée éditorial, elles restent, de mon point de vue, bien mystérieuses...
Ma note :
Deux étoiles (sur cinq).
Lorsque je parcours cet avis (presque aussi long que le "livre" semble-t-il) chère Stéfanie, mon élan se refroidit...
Je suis tenté de te croire sur les critiques que tu fais sur la forme. Et sur le fond, il est évident que nous sommes nombreux à désirer que l'on nous apporte des réponses.
Malgré tout, je suis moins convaincu que toi que les vérités auxquelles tu fais référence seraient déjà bien présentes dans la plupart des esprits. Attention à ne pas tomber dans le piège habituel : croire que nous sommes semblables en tout point à nos contemporains. Dans les milieux que je fréquente, ceux qui ne se posent pas vraiment de question sont nombreux. Et lorsqu'ils le font, je suis souvent surpris de leur analyse !
En résumé, je crois que je vais m'abstenir d'acheter ce livre...
Merci pour ton commentaire... pertinent, cher Yohan !
Je reconnais de bonne grâce le bien-fondé de tes remarques relatives à l'état d'alerte au monde de certains de nos contemporains, peut-être ce livre sera-t-il utile au moins pour eux.
Malgré mes critiques, je regrette presque que tu ne l'achètes pas, nous aurions pu de concert laisser libre cours (avec délices) à notre cynisme et misanthropie communs...
Au plaisir de te lire à nouveau sur ce blog !
Pas souvent l'occasion de voir une critique négative.