29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 17:02

 

 

 

Marguerite ABOUET et Clément OUBRERIE,

Aya de Yopougon, T1 à 6

 


 

 Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon T1  Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon T2   Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon T3

 

 

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Présentation des ouvrages :

 

Tout au long des albums, on suit la vie d'Aya, jeune fille de 19 ans vivant à Yopougon (ou Yop City), quartier populaire d'Abidjan, en 1978. Loin des clichés de la guerre et de la famine, il s'agit d'une chronique drôle et savoureuse de la vie quotidienne de jeunes Ivoiriens dans un langage imagé, entre amourettes et vraies amitiés, rebondissements et dénonciations de certains tabous, le tout souligné par des dessins pleins de délicatesse.

 

 

Les auteurs :

 

Marguerite Abouet naît en 1971 à Abidjan. Elle grandit en famille dans le quartier populaire de Yopougon jusqu'à l'âge de douze ans. Puis ses parents l'envoient à Paris chez son grand-oncle où elle découvre les bibliothèques et se passionne pour les livres. Elle écrit bientôt des romans tout en exerçant divers métiers, mais ne les fait lire à personne. Finalement, elle décide de se consacrer uniquement à l'écriture et crée, avec la complicité de Clément Oubrerie, le personnage d'Aya.  En 2006, Aya de Yopougon est célébré par le prix du Premier album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

 

Clément Oubrerie est né dans la région parisienne en 1966. Après quatre ans d'études d'arts graphiques, il stoppe tout pour partir deux ans aux États-Unis, où il se voit publié pour la première fois. Il a illustré une quarantaine d'ouvrages pour enfants et travaille également sur des projets dans le domaine de l'animation.

 

 

Années de publication : 2005-2010

 

 

Premières lignes :

 

"En 1978, la Côte d'Ivoire, mon beau pays, connut sa première campagne publicitaire télévisée. Elle vantait les mérites de la Solibra, notre bière reconnue dans toute l'Afrique de l'Ouest. Dago, un comédien à la mode, en buvait une gorgée, ce qui lui donnait la force de dépasser les bus à vélo."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Si le premier tome de cette remarquable série m'a été offert, c'est grâce, d'une part, aux excellentes critiques qu'il avait suscitées, mais aussi et surtout parce que j'ai moi-même vécu sept ans en Côte d'Ivoire, arrivée justement en 1978, année du début de l'histoire. 

 

J'ai toujours adoré les bandes dessinées, ayant quasiment appris à lire dans les Tintin et les Astérix, avant de découvrir plus tard les oeuvres de Jacobs, Bilal, Guarnido et Loisel, entre autres. Cependant, aucune ne ressemble de près ou de loin à Aya de Yopougon, que j'ai immédiatement dévorée, et donc appréciée.

 

Cette B.D. savoureuse est en fait une sorte de chronique, sous forme de feuilleton, dépeignant la vie de plusieurs amis vivant dans le quartier d'Abidjan de Yopougon, surnommé Yop City. Aya, l'héroïne, est une jeune fille grave et sage de 19 ans qui se destine à être médecin. Autour d'elle, gravitent des personnages hauts en couleurs (par effet de contraste) et souvent bien plus légers, à commencer par ses deux meilleures amies nettement plus délurées, Bintou et Adjoua, ainsi que toute leur parentèle.

 

La façon qu'a l'histoire de s'ancrer dans la normalité quotidienne de cette jeunesse gaie et insouciante surprend agréablement, car elle renvoie de la Côte d'Ivoire une image positive et dynamique (on a parlé à cette époque de "miracle ivoirien" à propos de l'économie florissante), loin des fléaux qui la ravagent hélas de nos jours, à l'instar d'une bonne partie du continent africain : sida, famine, guerre et conflits ethniques... 

   

À la lecture, l'impression de dépaysement est accentuée par l'emploi d'une langue truculente dans des dialogues énergiques et enlevés ; d'ailleurs, de nombreux mots et expressions sont listés et expliqués à la fin de chaque ouvrage, dans le cultissime "Bonus ivoirien". L'humour est omniprésent dans les albums, venant des situations, mais également des failles des personnages, tous très attachants, y compris ceux que l'on pourrait qualifier de "losers". Dans les dialogues, les répliques font souvent mouche, tant il est vrai que personne (et surtout les femmes !) ne s'en laisse conter.

 

Ce ton très léger ne doit pas occulter le fait que l'auteur traite avec subtilité certains sujets plus graves et parfois même tabous, comme l'homosexualité, la bigamie, les mariages arrangés, l'accueil déplorable fait aux immigrés en France, ou encore le pouvoir mercantile de certaines fausses religions.

 

L'héroïne, Aya, est profondément féministe et de même, ses amies n'ont pas la langue dans leur poche lorsqu'il s'agit de remettre les hommes à leur place. Ces derniers ont souvent un rôle peu flatteur, ce qui ne les empêche pas de rester très humains, malgré toutes leurs faiblesses.

 

L'intrigue, vite éclatée en de multiples histoires parallèles, dues aux interactions entre les très nombreux personnages,  fait l'objet de plusieurs rebondissements dans chaque volume, créant un rythme dynamique et plein d'énergie. De plus, les albums s'achèvent pour la plupart en plein suspens, créant une réelle attente de la suite de la part du lecteur (ce qui explique d'ailleurs la nécessité absolue de les lire dans l'ordre chronologique) !

 

J'en viens enfin aux dessins, qui forment un écrin parfait à l'histoire, lui conférant son aspect pétillant et chaleureux. Expressifs lorsqu'ils dépeignent des personnages, extrêmement délicats et élégants quand ils concernent les jeunes filles, ils sont de plus portés par une splendide palette de couleurs très riches, en camaïeu, qui soulignent à volonté les temps forts de l'histoire : tonalités chaudes pour la partie ivoirienne, froides dès que l'intrigue se déplace en France. De plus, de magnifiques illustrations pleine page viennent scander la narration, comme des pauses graphiques bienvenues entre deux rebondissements.

 

Les albums sont invariablement clos par le fameux "Bonus ivoirien", lequel propose, outre le lexique des expressions et mots employés, de savoureuses recettes de cuisine (telles que la sauce arachide ou le poulet braisé), la façon de nouer son pagne pour porter son bébé dans son dos, celle d'agiter correctement ses fesses en dansant, ou tout simplement, de partager certains souvenirs d'enfance de l'auteur.

 

Étant désormais établi que la lecture d'Aya de Yopougon s'avérait particulièrement stimulante, savoureuse et dépaysante, je suis tenue de la recommander à tous, car comme on dit à Yop City : dêh ! C'est trop doux, là même !

 

 

Ma note :


 

  8 étoilesHuit étoiles (sur dix).

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commentaires

Nico 20/01/2013

Une excellente saga, dynamique, drôle et dépaysante, en plus d'être d'une qualité constante. C'est drôle que tu sois allée en Côte d'Ivoire pile à cette période, du coup tu dois d'autant plus
apprécier la saga. En tout cas, belle chronique, qui rend bien hommage à la série.

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