Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 16:13

 

 

 

Arto PAASILINNA, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

À l'approche de la cinquantaine, le pasteur Oskar Huuskonen traverse une mauvaise passe. Son mariage bat de l'aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l'Église lui attirent les foudres de ses supérieurs et ses paroissiens le désolent. Comme si cela ne suffisait pas, ses ouailles décident de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère. Ruiné et l'esprit chagrin, Huuskonen décide de partir à l'aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera de la mer Blanche à Odessa, Haïfa, Malte ou Southampton, en quête d'un sens à leur existence.

 

 

L'auteur :

 

Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et qui ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.

 

 

Titre original : Rovasti Huuskosen petomainen miespalvelija

 

 

Année de publication : 1995 

 

 

Premières lignes : 

 

  «Le Diable rôde parmi nous tel un lion rugissant !"

Le pasteur Oskar Huuskonen, appuyé des deux mains à la balustrade de sa chaire, fixait d'un regard implacable les paroissiens de Nummenpää assemblés à ses pieds, la tête courbée sous le poids du péché.»

 

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je connaissais seulement l'auteur de réputation lorsque j'ai entamé ce livre et c'est donc un euphémisme de dire que je ne m'attendais pas du tout à ce genre de littérature ! Un peu bêtement, je l'avoue, sa nationalité finlandaise m'avait conduite à imaginer une histoire austère et minimaliste, rédigée dans un style sec et dépouillé. Hélas, les préjugés sont inévitables et ce, dans tous les domaines.

 

Si j'ai été aussi surprise passées les premières pages, c'est que ce roman est l'exact opposé de ce que j'imaginais, soit un déroutant mélange d'absurde, de farfelu, parfois même de burlesque, voire de picaresque, tantôt très prosaïque, tantôt onirique, charmant, drôle, solaire et généreux.

 

Le pasteur Huuskonen, personnage principal de l'ouvrage, est à la fois coureur de jupons et un peu alcoolique sur les bords, avec un vrai grain de folie s'exprimant particulièrement lors de la pratique de son loisir favori : le javelot ascensionnel (rire garanti à la lecture de ces pages).

 

Soudainement, sa petite vie s'emballe à l'orée de son cinquantième anniversaire : alors que sa femme le quitte, que sa hiérarchie le réprimande pour ses sermons inappropriés et que sa foi plus que fluctuante l'abandonne à ses doutes, ses paroissiens lui offrent une sorte de cadeau empoisonné : un ourson venant de perdre sa mère et judicieusement prénommé par eux Belzébuth.

 

Après un apprivoisement mutuel et une hibernation partagée, l'homme et le plantigrade partiront ensemble pour un long périple, qui de prime abord ressemble fort à une fuite, mais qui peu à peu se transforme en quête initiatique. Traînant sa solitude et ses questions existentielles à la rencontre d'autres solitudes, le pasteur cherche un sens à sa vie.

 

Le parti pris réellement original de l'auteur est de raconter son histoire de façon très réaliste, donc au premier degré, or celle-ci est tellement extravagante (le pasteur apprend à son ours à repasser, cuisiner et servir à table, entre autres choses !) que le lecteur doit forcément la prendre au second degré, et de ce décalage naît l'humour.

 

Cette forme littéraire pourrait finalement s'apparenter à un conte, ou une sorte de fable sur les désillusions d'un homme abandonné par tous les humains, même par son dieu, et qui cherche sa rédemption et sa foi perdue autour du monde, en compagnie d'un ours qui devient son meilleur ami.

 

Derrière un ton apparemment léger, l'auteur porte un regard incisif et sans concession sur la société, notamment les représentants religieux. À tel point que la véritable humanité nous semble finalement le mieux incarnée par un pasteur alcoolique et défroqué et son ours dressé. Tous les personnages croisés dans le livre sont d'ailleurs attachants, nombreux étant ceux à la limite de la folie douce.

 

Certains thèmes ici développés par l'auteur sont apparemment présents de façon récurrente dans toutes ses oeuvres : l'écologie, la nature et les animaux, les voyages, ou encore la fuite (lui-même a dû fuir la guerre, enfant). Dans cet ouvrage, le lecteur est constamment dépaysé, dans les grandes étendues glacées du début, puis lors du grand périple des deux compères.

 

Quant au style de Paasilinna, on jurerait tout d'abord qu'il n'a rien d'exceptionnel, mais peu à peu un rythme, une petite musique se forment et l'on se retrouve pris dans cette lecture sans trop savoir comment, ce qui est sans doute la marque des grands écrivains. Il faut aussi souligner que la très belle traduction y est sûrement pour quelque chose.

 

 

 

Ma note :

 

3 étoilesTrois étoiles (sur cinq).

Par Rousseau / Voltaire - Publié dans : De trois à quatre étoiles
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Mardi 12 juillet 2011 2 12 /07 /Juil /2011 11:00

 

 

 

Diane SETTERFIELD, Le treizième conte

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à sa biographe Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire, et elle ne croit pas au récit de Vida. Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité. Dans la veine du célèbre Rebecca de Daphné Du Maurier, ce roman mystérieux et envoûtant est à la fois un conte gothique où il est question de maisons hantées et de sœurs jumelles au destin funeste, et une ode à la magie des livres.

 

 

L'auteur :

 

Diane Setterfield, spécialiste d'André Gide, vit à Harrogate (Yorkshire). Le Treizième Conte, son premier roman, vendu dans 34 pays, est devenu d'emblée un best-seller, en particulier aux États-Unis où il est entré n° 1 sur la liste du New York Times.

 

 

Titre original : The thirteenth tale

 

 

Année de publication : 2006

 

 

Premières lignes :

 

"On était en novembre. Il n'était pas encore très tard, et pourtant le ciel était déjà sombre quand j'empruntai Laundress Passage."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je n'attendais rien de particulier de la lecture de ce roman, ce qui explique sans doute pourquoi je l'ai apprécié.  En effet, s'il est souvent risqué de placer de trop grands espoirs en certains ouvrages dûment adoubés par la critique et les maisons d'édition sous peine d'être cruellement déçu, il est en revanche fort agréable de se faire surprendre par un livre dont on ne sait rien.

 

Celui que je vais évoquer mêle plusieurs thèmes principaux, tels que les relations familiales et les secrets en leur sein, la gémellité, la littérature, sans oublier l'amour et aussi la nature. Dans une demeure typiquement anglaise, sise dans un paysage typiquement anglais, une romancière au soir de sa vie, Vida Winter, fait venir auprès d'elle une jeune femme (nommée Margaret Lea) pour lui conter son existence ainsi que celle de sa famille, dans le but de rédiger sa biographie. Seulement, Vida aime mentir et inventer, aussi Margaret devra démêler le vrai du faux afin que son travail soit aussi rigoureux que possible.

 

L'auteur adopte ici une trame narrative complexe et bien construite, basée sur des allers et retours constants entre passé et présent, qui se répondent et parfois même s'imbriquent. En effet, Margaret va devoir mener sa propre enquête sur Vida, ne pas prendre tout ce qu'elle lui raconte pour la stricte vérité et ce faisant, un lien, comme en miroir, se tisse entre elles, qui fera résonner le passé de la jeune femme.

 

Au fil du récit de Vida, qui déroule la vie de sa famille sur plusieurs générations, le lecteur découvre toute une galerie de personnages, pour certains excentriques, à la psychologie très fouillée. Bien décrits et fortement caractérisés, nombre d'entre eux sont également fortement perturbés par les drames qui frappent successivement la famille. Le récit connaît ainsi de multiples rebondissements, l'omniprésence de mystères ne faisant que renforcer le suspens qui irrigue le roman.

 

Un parallèle est clairement mis en place par l'auteur entre le manoir dans lequel se déroule l'intrigue (sur deux périodes de temps) et l'évolution des personnages qui le peuplent : de joyeux et flamboyant, le domaine perd progressivement de sa superbe, devenant triste et délabré. Ainsi les héros connaîtront eux-mêmes une lente décadence, loin de leur magnificence passée.

 

J'ai beaucoup apprécié l'ambiance très particulière nourrie par les descriptions détaillées de cette vaste demeure (dont le beau jardin se transforme peu à peu en une sorte de jungle), ainsi que des landes aux alentours, qui se nappent de brume dès la nuit tombée. Tout cela permet de créer cette atmosphère sombre, romantique et mystérieuse si propice au récit.

 

L'auteur, de par son écriture, fait d'ailleurs immédiatement penser aux grands auteurs victoriens (dits "gothiques") du XIXe siècle, telles les soeurs Brontë avec Les hauts de Hurlevent et Jane Eyre, ou Wilkie Collins avec La femme en blanc. Quant au rythme de l'intrigue, il est volontairement assez lent, ce qui m'a semblé aussi agréable que reposant à une époque où les histoires semblent devoir se dérouler à toute allure.

 

Très bien écrit (et doté d'une excellente traduction), cet ouvrage voit l'auteur user d'un style ample et élégant afin de développer ce qui n'est rien moins qu'une véritable ode au pouvoir de la littérature et des livres, notamment ceux datant de l'époque victorienne.

 

Pour conclure, je dois souligner à quel point se dégagent charme et émotion de cette lecture. Au milieu des personnages attachants qui composent cette vaste saga familiale, se glisse cette question pertinente : comment discerner la vérité du mensonge, la réalité du conte ? Bref, ce retour en guise d'hommage aux grands classiques est donc aussi rafraîchissant que réussi, et surtout, il fait du bien !

 

 

 

Ma note :

 

3 étoiles Trois étoiles (sur cinq).


Par Rousseau / Voltaire - Publié dans : De trois à quatre étoiles
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Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 10:19

 

 

 

Marc-Antoine MATHIEU, Les Sous-sols du Révolu

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Dans un futur indéterminé, à moins qu'il ne s'agisse d'un monde parallèle ou d'une autre dimension de la réalité, Marc-Antoine Mathieu nous entraîne dans les profondeurs du musée, dans les entrailles de l'institution. Nous suivons les pas du Volumeur, chargé de quantifier l'inquantifiable, et de son assistant Léonard. Ils vont arpenter les coulisses du plus grand musée du monde pour en prendre les mesures. Mais peut-on mesurer l'incommensurable ?

 

 

L'auteur :

 

Marc-Antoine Mathieu, 45 ans, vit en Anjou. Après des études aux Beaux-Arts d'Angers, il travaille dans une agence de graphistes-scénographes spécialisée dans la création d'expositions. C'est surtout avec L'Origine, publié en 1990, qu'il se révèle non seulement un graphiste et scénographe hors pair, mais aussi un conteur de talent. Unanimement reconnu par la presse, il obtient le prix du meilleur premier album aux salons d'Audincourt et de Mulhouse, et l'Alph Art du Coup de Coeur à Angoulême l'année suivante.

 

Année de publication : 2006

 

 

Premières lignes :

 

"Dans le quartier sud de l'ancien centre de la cité, entre le boulevard Réformé et la Petite Fontaine, s'étale sans vergogne la grande esplanade du Musée. Le Musée du Révolu, c'est ainsi qu'on le nomme couramment. Mais certains l'appellent "Le Voulu Démesuré". D'autres "L'Oeuvre du Muselé"... ou encore "Le Seul Mou du Rêve"... On dit que tous ces noms sont des anagrammes du véritable nom du Musée, qui aurait été oublié." 


 

 


 

 

Mon avis :

 

Ayant fait mes études d'histoire de l'art à l'École du Louvre, j'étais à la fois ravie et intriguée lorsque cette bande dessinée m'a été offerte. Ravie parce que le thème semblait a priori fait pour moi, intriguée au vu du titre et lors de la découverte des premières pages.

 

En effet, l'auteur adopte ici un parti pris assez original : plutôt que de donner à voir, de façon conventionnelle, les oeuvres exposées dans ce musée prestigieux qu'est le Révolu (anagramme du Louvre, pour ceux qui n'auraient pas suivi !) , il préfère dévoiler l'envers du décor, la face cachée de l'iceberg, la machinerie complexe qui le fait fonctionner.

 

Dans les pas d'un Volumeur, personnage mystérieux chargé de recenser, de mesurer et de classifier les activités en sous-sol, le lecteur se voit entraîné, je dirais même plongé, au sein d'un monde obscur et labyrinthique, sorte de ville dans la ville inaccessible au profane et donc réservée aux seuls initiés.

 

C'est donc avec délices que l'on découvre diverses salles et endroits, tous plus étonnants les uns que les autres, avec ce même sentiment de privilège éprouvé durant mes années d'étude, lorsque des lieux fermés au grand public nous étaient exceptionnellement ouverts.

 

Dans cette ambiance très particulière, un peu désuète, à la fois étrange et énigmatique, l'auteur fait la part belle à l'imaginaire, voire même à l'absurde. Le Volumeur travaille et les salles défilent, ainsi que le temps, mais à mesure que les années passent, il semble évident qu'il ne viendra jamais à bout de ce travail inhumain, quitte pour lui à mourir à la tâche...

 

L'auteur semble d'ailleurs, à l'instar de son héros, mettre sciemment son lecteur dans un état de perte de repères spatiaux et temporels : non seulement on ignore à quelle période historique se déroule l'histoire, mais en outre l'ouvrage est scandé par le décompte des jours de travail, le temps avançant par saccades irrégulières, comme pour mieux nous égarer dans les méandres de cette institution tentaculaire.

 

L'ouvrage est également l'occasion de dépeindre et de rendre hommage à de très nombreux corps de métiers méconnus, sans lesquels aucun musée ne pourrait correctement fonctionner. Ces travailleurs de l'ombre, ces petites mains anonymes nous rappellent que chaque rouage a son importance, même dans une machinerie aussi gigantesque.

 

Les points centraux sont la quête de l'obstiné Volumeur et son sens du devoir, puisqu'il consume sa vie entière dans cette tâche, qui prend dès lors un caractère presque sacré. Déployant plusieurs niveaux de lecture, on trouve dans cette oeuvre un important symbolisme, fait de multiples clins d'oeil, qui parleront notamment aux familiers des arcanes de ce musée.

 

L'auteur semble opposer d'une part le travail scientifique, laborieux et comptable du Volumeur, de l'autre le Révolu, sorte d'incarnation de l'Art, lequel échappe par essence à toute tentative de classification et de rationalisation : protéiforme, démesuré, il ne peut être domestiqué et le combat semble perdu d'avance pour chaque Volumeur, tant leur tâche paraît infinie.

 

De très nombreux détails sont des références savantes pour qui saura les décrypter, citons par exemple cette astucieuse mise en abyme d'un tableau peint dans un autre tableau, lequel figure dans un troisième, et ainsi de suite. On peut y voir une allusion aux oeuvres sur lesquelles l'artiste se représentait lui-même en train de peindre, dans un complexe jeu de reflets. L'un des plus fameux exemples est bien sûr Les Ménines, de Diego Velásquez.

 

En ce qui concerne la forme de cet ouvrage, c'est-à-dire le dessin, j'ai apprécié la grande maîtrise technique de l'auteur, ainsi que la beauté majestueuse des grandes planches qui ponctuent l'histoire. L'emploi exclusif du noir et blanc contribue à créer cette atmosphère mystérieuse et confère à l'oeuvre son intemporalité et son universalité.

 

Pour conclure, déroutante au premier abord de par son manque relatif de réelle intrigue et de dialogues, cette bande dessinée se révèle bien plus subtile et complexe qu'il n'y paraît. Je vous engage à donc vous laisser entraîner dans ses profondeurs sans résister, le voyage en vaut la peine...

 

 

 

Ma note :

 

3 étoiles  Trois étoiles (sur cinq).

Par Rousseau / Voltaire - Publié dans : De trois à quatre étoiles
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 17:57

 

 

 

Éric-Emmanuel SCHMITT, La part de l'autre

 

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Le 8 octobre 1908, Hitler est recalé à son concours d’entrée aux Beaux-Arts. Que se serait-il passé s’il y avait été admis ? Tel est, en partie, l’objet de ce roman. Car Eric-Emmanuel Schmitt s’est amusé à mener de front deux biographies romancées, celle du dictateur Hitler et celle du jeune Adolf H., admis au concours. Nous suivons ainsi pas à pas leur double évolution, les chapitres alternant leurs vies qui se répondent en écho.

 

 

L'auteur :

 

Né en France en 1960, normalien, agrégé et titulaire d’un doctorat en philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre. Plébiscitées tant par le public que par la critique (il compte parmi les auteurs les plus joués actuellement en France et dans le monde), ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Naturalisé belge en 2008, il vit à Bruxelles et vient de réaliser son deuxième film, tiré d’Oscar et la dame rose.

 

 

Année de publication : 2001

 

 

Premières lignes :

 

" - Adolf Hitler : recalé.

Le verdict tomba comme une règle d'acier sur une main d'enfant.

- Adolf Hitler : recalé.

Rideau de fer. Terminé. On ne passe plus. Allez voir ailleurs. Dehors."

 

 

 


 

 

Mon avis :

 

J'ai découvert Éric-Emmanuel Schmitt avec ce livre, et si je n'ai plus rien lu de cet auteur depuis, c'est sans doute à cause de la déception éprouvée en refermant son ouvrage. Je partais pourtant avec un a priori favorable, Schmitt étant à la fois le chouchou des médias et du public, et son sujet suffisamment intriguant pour que l'on s'y intéresse.

 

Ce roman pourrait être le parfait archétype de la bonne idée de départ, laquelle, peinant à être correctement concrétisée, devient vite oiseuse. Soit donc cette folle uchronie, ce postulat audacieux : que se serait-il passé si Adolf Hitler n'avait pas échoué au concours d'entrée des Beaux-Arts de Vienne ?

 

C'est précisément ce que l'auteur va s'attacher à nous décrire, sous la forme de deux trajectoires divergeant à partir de cet événement crucial et faussement anodin. L'une suivra Hitler dans ses rêves sanguinaires de grandeur et de dictature, l'autre verra Adolf H. devenir un peintre reconnu dans le Paris des années folles, épousant une juive, sans que jamais l'Allemagne ne connaisse le nazisme.

 

Cet artifice de construction semble intéressant au départ, mais cela n'a qu'un temps. Le procédé est en fait trop artificiel pour réellement fonctionner, si bien que très rapidement on oublie complètement que le si sympathique Adolf H. est une version positive d'Hitler, alors que cette connexion est pourtant l'ambition première du livre. Les deux personnages principaux, très manichéens (l'un n'est que pureté, l'autre que noirceur), ne sont dépeints que sommairement d'un point de vue psychologique, or cette vision simpliste empêche toute implication du lecteur.

 

Perdue au milieu de ce parallélisme stérile, je me suis souvent ennuyée, car le texte souffre de nombreuses longueurs, surtout dans la partie consacrée au peintre. En effet, cette dernière manque cruellement de relief, ce qui la rend creuse, parfois vide. Quant à l'autre, elle offre selon moi une biographie bien faible et médiocre d'Hitler.

 

Je conseille donc à tous ceux qui s'intéresseraient à cette période de lire plutôt le magistral et glaçant roman de Robert Merle, La mort est mon métier, ou encore Si c'est un homme de Primo Levi, l'un comme l'autre appartenant à un registre nettement supérieur, tant du point de vue de la force du récit que du style.

 

Justement, pour en venir à la forme, je n'ai pas trouvé que l'écriture d'Éric-Emmanuel Schmitt parvenait à sauver son ouvrage : certes facile à lire, elle est assez plate et manque de force et de densité, surtout face à un sujet d'une telle gravité. Quant à son recours occasionnel à la vulgarité, je le trouve vraiment gratuit et inutile.

 

Pour conclure, je voudrais revenir sur deux thèses exprimées par l'auteur dans cet ouvrage et dont l'aspect caricatural et simpliste me dérangent : la première suppose qu'en l'absence d'Hitler, l'Allemagne serait devenue la première puissance mondiale et aurait vécu en paix, devenant même un refuge pour les juifs opprimés.

 

Un tel présupposé me semble confondant de naïveté et de bons sentiments, car je ne doute pas qu'un autre catalyseur (qu'il soit interne ou externe au pays) qu'Hitler aurait tout à fait pu mener au même genre d'atrocités, compte tenu du climat délétère de l'époque.

 

Seconde théorie, encore plus dérangeante : si l'on prend l'auteur au mot, alors l'université de Vienne serait en fait l'unique responsable de la transformation d'Hitler en tyran sanguinaire, manière dangereuse, me semble-t-il, de lui retirer l'entière responsabilité de ses actes.

 

Vous l'aurez compris, cet ouvrage bâti sur un postulat finalement assez racoleur et trop fragile ne m'a pas convaincue. Je terminerai en citant un commentaire avisé à propos de ce livre, écrit par un internaute Québécois : "Maintenant, reste à savoir ce que serait devenu Ben Laden si son meilleur ami ne lui avait pas volé son dessert à la cantine."

 

Tout est dit !

 

 

 

Ma note :

 

 

  2 étoiles Deux étoiles (sur cinq).

Par Rousseau / Voltaire - Publié dans : De une à deux étoiles
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Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 08:15

 

 

 

 

Majgull AXELSSON, La maison d'Augusta

 

 

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Présentation de l'éditeur :

 

Qui est Augusta ? D'où vient-elle ? Personne ne le sait. Pas même elle. Quand elle est de bonne humeur, elle prétend avoir surgi du milieu d'un champ de pommes de terre et être restée là, à germer jusqu'à la fin de sa croissance. Évidemment, ce n'est qu'une histoire, parmi les nombreuses fables qu'elle cache dans ses cheveux. Ces histoires l'empêchaient de se rappeler sa vie de bâtarde à l'orphelinat et Olga, cette fille qu'elle ne désirait pas, tout comme elle-même n'avait jamais été désirée. La maison protégera également la famille d'Alice, petite fille d'Augusta, en permettant à la jeune fille de seize ans de cacher une grossesse honteuse. Pour Angelica, son arrière-petite-fille, la maison deviendra une cachette, non plus synonyme d'enfermement mais de liberté. Peut-on cependant recommencer sa vie quand on n'a que seize ans et l'impression d'en avoir mille ?

 

 

L'auteur :

 

Née en 1947 en Suède, Majgull Axelsson est à l'origine diplômée en journalisme. Après le succès de La Sorcière d'avril, La maison d'Augusta est le nouveau roman cette grande romancière suédoise qui sait si bien raconter la condition féminine.

 

 

Titre original : Slumpvandring

 

 

Année de publication : 2002

 

 

Premières lignes :

 

"Le renard voit ce que personne d'autre ne voit. Tache de cuivre dans une forêt cuivrée, il scrute l'automne, enregistre ses mouvements et ses odeurs. C'est pourquoi la trace propre à son odeur suit des voies sinueuses."

 

 


 

 

Mon avis :

 

Je ne connaissais pas du tout l'auteur de ce livre lorsque je l'ai entamé, ignorant donc le succès de son précédent roman. Même si celui-ci semble presque impossible à résumer, je peux quand même dire qu'il déconcerte et dépayse, toutefois je ne qualifierais pas sa lecture de facile.

 

Centrée autour des personnalités complexes de femmes d'une même famille à différentes époques, l'histoire a pour fil rouge, reliant ces quatre générations, la petite maison de la matriarche, Augusta. C'est en effet vers ce lieu ambivalent (tantôt prison, tantôt abri) que se tourneront les autres, qui en quête d'une cachette, qui d'un refuge.

 

L'auteur brosse ces portraits par petites touches, entrelaçant les filiations en une sorte de tissage élaboré que le lecteur devra dénouer, ce qui s'avère un peu ardu. Leurs destinées, parfois fracassées, toujours tragiques, sont finalement le seul héritage de ces femmes. De même que la maison, pleine de leurs souvenirs d'Augusta, demeure un point de repère stable lorsque la tourmente vient les frapper.

 

L'analyse psychologique des personnages, subtile et nuancée, contribue à nous les rendre attachants. Au fil des pages, on se sent transporté dans un univers et une culture totalement étrangers au premier abord, mais finalement assez proches des nôtres, tant il est vrai que certains comportements sont propres à l'humanité tout entière.

 

Il est donc intéressant de découvrir de nombreux détails sur la vie d'autrefois dans cette campagne suédoise reculée, avec notamment en filigrane des conditions de vie très rudes, particulièrement pour les femmes maintenues sous la coupe parfois arbitraire de leurs maris.

 

Baigné dans cette atmosphère où l'amour semble indissociable de la violence, on réalise que la situation n'a hélas guère changé en l'espace de plusieurs décennies. Outre ces thèmes, l'auteur semble avoir une prédilection pour celui du secret, s'attachant à décrire les dégâts et le gâchis que peuvent occasionner les non-dits dans une existence.

 

Quant à la forme de l'ouvrage (c'est-à-dire le style), très littéraire, elle est en parfaite adéquation avec le fond. Je veux dire par là que l'écriture est à l'image de l'histoire : austère, très dépouillée, refusant le pathos comme la facilité. Très bien traduit, le roman possède une couleur particulière, à l'image des paysages suédois : sobres et épurés.

 

Si j'ai apprécié ce mélange d'intensité, de gravité et d'étrangeté se dégageant du livre, j'avoue m'être parfois sentie un peu tenue à distance par la sécheresse du ton et la complexité de ces trajectoires qu'il nous faut reconstituer. Je conseille quand même cette lecture, ne serait-ce que pour l'atmosphère et le dépaysement, qui valent tous deux amplement le détour.

 

 

 

Ma note :

 

3 étoiles   Trois étoiles (sur cinq).

Par Rousseau / Voltaire - Publié dans : De trois à quatre étoiles
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  • Rousseau / Voltaire
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  • Historienne de l'art, je suis passionnée de lecture et de tout ce qui a trait à la culture : dessin, photographie, expositions, cinéma. Je me suis récemment reconvertie dans la correction orthographique : www.lafauteavoltaire.fr

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